Ancien troisième ligne du Stade Rochelais (2005-2012), Romain Carmignani fait partie du staff professionnel depuis 2020. Portrait d’un technicien curieux, qui n’hésite pas à s’ouvrir à d’autres cultures pour façonner sa vision du métier.
Figure discrète mais précieuse du staff de Ronan O’Gara, l’histoire entre Romain Carmignani et le coaching a démarré très tôt. Bien avant qu’il ne raccroche les crampons en 2014.
« Ça remonte au lycée, quand j’étais au pôle espoirs », se remémore-t-il. « J’étais curieux. Dès ma première année en professionnel à Clermont-Ferrand, à 18 ans, j’ai passé mes diplômes d’entraîneur. J’ai fait un an à l’UFR STAPS, puis je me suis tourné vers les brevets d’État. Je suis quelqu’un de cartésien, j’ai besoin de comprendre les choses avant de les faire. Ça a toujours été comme ça. »
« Voir les meilleurs pour devenir meilleur »
Reconverti entraîneur en 2014 à Béziers, dès la fin de sa carrière professionnelle, Romain Carmignani a très vite voulu découvrir ce qui se faisait dans différents pays et cultures pour parfaire sa vision du métier. Entraîneur des skills à ses débuts, il voyage en Australie à la fin de sa première saison comme coach, bien aidé par le réseau de Manny Edmonds, ancien ouvreur des Wallabies (2 sélections), qui est alors en charge des arrières dans l’Hérault.
« J’ai commencé ma carrière d’entraîneur à Béziers en 2014. J’avais alors 31 ans. Je m’étais lancé le défi de rencontrer les meilleurs managers du monde avant mes 40 ans et d’aller en Australie, en Nouvelle-Zélande, en Argentine et en Afrique du Sud », explique l’ancien troisième ligne. « La première année, je suis allé en Australie. J’ai passé un mois là-bas, chez les Brumbies (équipe de Super Rugby, Ndlr), dans la région de Canberra. Mon collègue de l’époque, qui est maintenant un ami, Manny Edmonds, était issu de là-bas. L’idée était donc d’aller voir ce qui se faisait là-bas, par curiosité. J’ai pris une claque par rapport à la manière dont ils géraient la formation. C’était complètement différent de ce qu’on faisait en France. Nous, on est beaucoup basés sur le jeu, eux, plutôt sur la répétition des tâches. », détaille Carmignani.
Nouvelle-Zélande, Argentine et.. Arsenal
Ce goût de la découverte ne l’a jamais quitté. Romain Carmignani a multiplié les expériences aux quatre coins du monde pour nourrir sa réflexion et faire évoluer sa méthode.
« En 2018, je suis allé en Nouvelle-Zélande, par le biais de Manny (Edmonds) également. Je suis allé chez les Crusaders (équipe référence en Super Rugby), juste avant que Ronan (O’Gara) n’y travaille. J’y ai croisé Scott Robertson, qui est ensuite devenu sélectionneur des All Blacks (2023-2026). En 2019, je suis allé en Irlande avec les gars du Stade Rochelais qui bossent sur la formation. J’ai un copain qui bosse au Connacht et je voulais voir leur académie, comment ils transmettent le rugby à leurs jeunes joueurs et comment ils leur donnent envie de porter ce maillot du Connacht. C’est ce qu’on voulait créer ici avec le centre de formation. Ensuite, j’ai eu l’opportunité d’aller en Argentine voir mon collègue Andrés Bordoy (ancien joueur du Stade Rochelais entre 2008 et 2011), qui a entraîné les Jaguares (équipe argentine qui évoluait en Super Rugby) avant le Covid. Je suis allé passer trois semaines là-bas. J’ai pu y rencontrer Gonzalo Quesada (technicien argentin, aujourd’hui sélectionneur de l’Italie), qui est pour moi une des pointures du métier. L’idée, c’était d’aller voir les meilleurs pour devenir meilleur. », image le technicien.
Plus récemment, il s’est rendu en Nouvelle-Zélande pour y voir Jono Gibbes et l’équipe des Chiefs avant d’aller à la rencontre… d’une équipe de foot avec le club anglais d’Arsenal.
« En juin dernier, je suis allé en Nouvelle-Zélande voir Jono Gibbes et l’équipe néo-zélandaise des Chiefs. Je suis aussi passé voir l’équipe de football d’Arsenal. J’ai un copain qui travaille dans leur staff. Je voulais voir comment leur staff fonctionnait, comment il faisait les discours, les briefs, les débriefs de séance, comment les adjoints transmettaient les infos aux joueurs. », souffle « Carmi ».
Sa relation forte avec Jono Gibbes
S’il a beaucoup appris à l’étranger, certaines rencontres locales ont aussi marqué son parcours. À La Rochelle, ce fut le cas de Jono Gibbes, avec qui il échange encore régulièrement sur le jeu, sans oublier Ronan O’Gara, avec qui il travaille quotidiennement depuis aujourd’hui six ans.
« On a bien connecté avec Jono (Gibbes). Avant de venir à La Rochelle, il a été entraîneur à Clermont-Ferrand. Moi, j’ai fait mon centre de formation là-bàs, j’ai joué en professionnel avec l’ASM, c’est un club qui est très important pour moi. De mon côté, je regardais beaucoup ce qu’il faisait quand il était là-bas, notamment au niveau du jeu des avants. Quand il est venu ici (entre 2018 et 2021), ça a été top. », salue l’adjoint de Ronan O’Gara. « Pendant mes deux années à m’occuper du centre de formation, j’échangeais souvent avec lui. Après le Covid, il m’a promu dans le staff des pros. On avait perdu les deux finales (Top 14 et Champions Cup en 2021) mais ça avait été exceptionnel. Le combo Jono-Ronan, en termes d’expérience, ça a été génial pour moi. J’avais beaucoup de détails autour du jeu d’avants avec Jono et avec Ronan, j’avais la vision du côté compétiteur et l’envie de gagner qui me stimule tous les jours. »
Ambitieux, Romain Carmignani ne cache pas ses envies d’évolution, tout en restant pleinement investi sur sa mission au Stade Rochelais, avec lequel il espère soulever un jour le Bouclier de Brennus.
« Ce n’est pas encore le moment mais c’est quelque chose que j’aimerais faire plus tard, que ce soit en club comme en sélection », reconnaît-il. « Mais là, mon club, c’est le Stade Rochelais, j’y suis bien. Mon ambition et mon défi, c’est de gagner le Bouclier de Brennus. Tout le monde le sait, ce n’est pas un secret. » En attendant, l’entraîneur de la défense reste concentré sur la fin de saison, avec un Stade Rochelais toujours en course pour le Top 6 à quatre journées du terme de la saison régulière.