Entretien. « Le problème n’était pas Thibaut Guiraud pour moi » : l’ancien maire Jean-François Fountaine revient sur 30 ans de vie politique

Démission, élection d’Olivier Falorni, agglomération, hôpital… L’ancien maire de La Rochelle, Jean-François Fountaine, dont le mandat à l’agglomération a pris fin jeudi, revient pour INF La Rochelle sur ses 30 années de vie politique, ainsi que sur la dernière campagne municipale.

Jean-François Fountaine passe désormais une partie de son temps dans son bateau aux port des Minimes | TL - INF LR
Jean-François Fountaine passe désormais une partie de son temps dans son bateau au port des Minimes | TL - INF LR

C’est un retour à la vie normale pour vous après 30 ans de vie politique locale ?

Ce n’est pas la vie normale, mais la vie maritime, oui. J’aime beaucoup le monde de la mer, sous toutes ses formes : le commerce, la pêche… La mairie ne me manque pas, mais ce n’est pas encore la fin. Ce qu’on a décidé il y a six mois ou un an va voir le jour bientôt. Donc, d’une certaine manière, le mandat que nous avons exercé va se prolonger encore trois à quatre ans. Cela concerne le conservatoire de musique qui va se faire, les piscines, l’extension de la Sirène, l’école Paul Doumer qui va être un gros chantier. Tout cela va voir le jour et nous serons là. Je serai content et fier d’aller voir régulièrement l’avancée de tout ce que nous avons lancé.

Quand vous avez démissionné en juin 2025, c’était pour éviter l’accession d’Olivier Falorni à la mairie. Est-ce que vous regrettez cette démission quand vous voyez le résultat des municipales ?

Le problème n’était pas Thibaut Guiraud pour moi. Falorni, finalement, fait à peu près le même score qu’en 2020 : 33 % au premier tour, 35 %, et un peu plus de 40 % au second. C’est exactement ce qu’il avait fait, ce que j’avais fait il y a six ans. En fait, ce qui a été terrible, c’est la dispersion des voix. Moi, en 2014, je gagne parce que j’ai le soutien des écologistes. Sans eux, cela aurait été très difficile. Et en 2020, j’avais le Parti socialiste avec moi. Donc avoir contre soi à la fois Falorni, qui est quand même une “bête à voix”, même s’il y a autant de gens qui ne l’aiment pas que de gens qui l’apprécient, et en face un éparpillement entre le PS, qui a quand même fait une bonne performance avec cette liste de gauche complète, et Thibaut Guiraud… Il n’y avait pas la place pour les deux.

La dernière conférence de presse en tant que maire de Jean-François Fountaine | TL - INF la Rochelle
Jean-François Fountaine lors de l'annonce de sa démission en juin 2025 | TL - INF LR

Est-ce qu’il y avait une autre solution pour vous ?

Disons que j’avais une autre solution, c’était d’aller au terme de mon mandat, mais Thibaut aurait eu une notoriété encore plus faible. L’idée, c’était de lui donner de la notoriété et de le faire connaître des habitants. Mais ce n’était peut-être pas assez long : il aurait peut-être fallu qu’il prenne un mandat plus tôt, et surtout qu’il n’y ait pas une liste Thibaut, une liste écologiste et une liste socialiste.

Est-ce que vous pensez qu’un autre candidat comme Christophe Bertaud, par exemple, aurait pu inverser la donne ?

C’est le choix des électeurs au sein de la majorité municipale. On savait que ce serait serré. Peut-être que Christophe aurait fait mieux, mais disons que le changement n’aurait pas été là.La seule question, c’est de savoir si Christophe aurait pu empêcher une liste indépendante du PS. À ce moment-là, cela changeait beaucoup de choses.

C’est quoi votre ressentiment par rapport à l’élection d’Olivier Falorni, avec qui vous étiez proche jusqu’en 2018 ?

Je suis déçu. J’aurais préféré que ce soit Thibaut Guiraud, pas uniquement pour des raisons personnelles, mais parce que je pense que cela aurait été un meilleur maire. Jusqu’à sa “trahison” de 2018, nous étions proches avec Olivier Falorni. Quand je faisais les vœux du maire, j’invitais le député qui s’exprimait. On a aussi fait pas mal de choses pour le soutenir ensuite. Il a mené une campagne sur les irritants : l’abattage des arbres à l’aéroport, Marcel Paul, le pont de Tasdon, etc. Bon, maintenant, on verra s’il arrive à résoudre ses sujets. Certains sont faciles à régler : l’aéroport, c’est terminé. Ensuite, le pont de Tasdon, on verra si le département, sous son mandat, réalise les travaux. Sur l’hôpital, c’est tout l’inverse qui s’est produit. Il dit : « Je serai proche du maire d’Aytré », sauf qu’il a été battu. La maire actuelle, Hélène Rata, est favorable à la décision de DBMA. Et d’ailleurs, dans le quartier de DBMA, elle a fait un gros score, ce qui montrait bien que l’ancien maire n’était pas en phase avec les habitants de ce secteur. Dans ce contexte, Falorni ne peut que suivre. D’ailleurs, il a été correct, puisqu’Hélène Rata est numéro 3 ou 4 de l’agglomération, donc il n’a pas du tout boycotté.

"Aujourd'hui les vrais perdants dans le conseil communautaire que Falorni a fondé, c'est les Rochelais"

C’est un échec de votre précédente mandature de ne pas avoir réussi à créer un consensus avec les 27 maires de l’agglomération, quand on voit qu’Olivier Falorni l’a fait aujourd’hui ?

Vous allez voir au fil du temps. Le truc amusant au départ, c’est que moi, j’en avais beaucoup. Le premier irritant que j’ai eu, c’était un maire qui ne voulait pas d’énergies renouvelables dans sa commune. Mais il n’y a pas les 28 maires dans ce type de position. C’est du pipeau, tout ça. On verra sur le terrain. Aujourd’hui, les vrais perdants dans le conseil communautaire que Falorni a mis en place, ce sont les Rochelais. Pourquoi ? Parce qu’il n’y a aucun élu rochelais, à part Milhiet, qui est au bureau communautaire. Il va vendre ça en disant : « Je veux que mes élus rochelais s’occupent de La Rochelle ». Mais c’est du pipeau. Les déchets, les transports, c’est la vie quotidienne des habitants. C’est très sympathique, parce que tous les maires de l’agglo sont contents. Pas tous, d’ailleurs, puisqu’il n’y en a que 14 qui ont une vice-présidence. Mais je pense que la vie de La Rochelle n’est pas représentée au bureau comme elle le devrait. Et ils vont très vite le voir.

Ce n’est pas tenable, la situation actuelle à l’agglomération ?

Moi, j’ai créé un système de consensus en donnant à peu près un tiers des grandes responsabilités à la droite. Lui est allé plus loin : il leur donne environ la moitié. Comment cela va vivre ? On verra sur les dossiers sensibles. Il y a quand même des fondamentaux assez différents. Il confie le PLUi à quelqu’un qui ne connaît rien au monde de l’aménagement de l’espace, monsieur Barbier, le maire de Lagord. S’ils veulent, par exemple, reprendre l’étalement urbain, parce que certains maires disent que j’ai été trop strict là-dessus, je pense qu’ils vont se heurter à des difficultés internes. Ils ne seront pas tous d’accord.

Jean-François Fountaine, le maire et président de l'agglomération de La Rochelle au Grand Pavois | TL - INF la Rochelle
Jean-François Fountaine au Grand Pavois | TL - INF la Rochelle

Vous avez reçu Olivier Falorni après son élection, vous lui avez dit quoi ?

Je l’ai reçu à l’agglo et je lui ai remis une note avec dix points importants pour l’agglo, en lui disant qu’il fallait qu’il soit président et qu’il continue dans un consensus. J’ai aussi attiré son attention sur un certain nombre de personnes fiables et d’autres moins fiables. Il a suivi mes conseils sur un point particulièrement important : le budget. Il a confié le budget au maire d’Angoulins, c’est une bonne idée.

Sur le sujet de l’hôpital, qui accuse plusieurs années de retard, vous regrettez votre entêtement sur le choix du site du parc des expositions comme l’ont dénoncé certains candidats ?

Ce n’est pas moi qui ai voulu cela, c’est un mensonge. Ce n’est pas le maire qui choisit le terrain, c’est l’hôpital, dont j’ai soutenu le projet. On m’a dit que le Parc des Expositions était bien placé. Il se trouve que c’est un terrain qui appartient à la ville. Moi, je leur ai dit : « Écoutez, si ça vous convient, moi ça me convient. » Quelques années plus tard, après le Covid, on va me dire que ce n’est pas assez grand. Si ce n’est pas assez grand, il faut chercher un autre site. Et là, ça devient beaucoup plus compliqué. Quand ce n’est pas un terrain qui appartient à la ville, il faut exproprier. En plus, des terrains plus grands, il n’y en avait pas à La Rochelle. Je ne considère pas cela comme un échec. On verra combien de temps ils mettront pour trouver l’argent. Le dossier de l’hôpital, c’est avant tout une question de financement.

Jean-François Fountaine avec son livre | TL - INF la Rochelle
L'ancien maire avait publié un livre en début d'année | TL - INF LR

Quelle est la chose dont vous êtes le plus fier durant vos deux mandats de maire ?

L’emploi. Le changement de dynamisme du territoire. Alors, il ne me revient pas uniquement. C’est une histoire qui commence avec Maxime Bono. Il ne faut pas oublier qu’il n’y a pas longtemps encore, La Rochelle était un territoire en grande difficulté. L’Europe va considérer que La Rochelle est un territoire en crise, c’est pour cela qu’elle va le subventionner à la fin des années Crépeau et au début des années Bono. Sans le fonds européen, il n’y aurait pas d’université à La Rochelle. Là, je quitte mes responsabilités avec des dossiers économiques importants.

Quel est votre meilleur souvenir ?

C’est d’abord les grandes fêtes du Stade Rochelais. Ce sont des moments incroyables. Quand on arrive aux responsabilités, le Stade Rochelais est en deuxième division. Ils nous présentent un projet incroyable, ils vont faire mieux que ce qu’ils annonçaient. Donc ces immenses fêtes sur le port, ce sont quand même de très grands souvenirs. Pourtant, je connaissais moins bien le rugby quand je suis arrivé, car je venais plutôt du monde de la mer, mais j’ai vraiment apprécié et j’apprécie toujours. J’irai toujours au stade, mais pas dans la même situation. Et puis Vincent Merling était vraiment un ami très proche, ainsi que son staff aussi. L’inauguration du centre social Christiane Faure est aussi un moment très fort, parce que notre ville a besoin de travailler pour sa jeunesse, pour sa cohésion, et ça, c’est un moment fort.

Et votre pire souvenir durant vos deux mandats ?

Les deux drames en 2024. Pour Margot, je ne suis pas là au moment de l’accident, je suis en Allemagne dans notre ville jumelée, Lübeck. Mais j’arrive très vite, puis j’accompagne les parents, c’est horrible. Mais avant ça, j’ai vécu encore pire. C’est le drame de Raul, le jeune qui va s’entraîner au rugby. Là, je suis à La Rochelle, je vais tout de suite sur le lieu de l’accident, et c’est avec l’intervention de la police que je vais prévenir la famille. Là, vous prenez un sacré choc, vous rentrez dans l’appartement, vous devez dire aux parents : est-ce qu’on peut mettre les enfants à l’écart ? C’est terrible à vivre, ça. Ce sont les deux pires souvenirs. Après, il y a eu l’organisation des obsèques, parce que pour Margot, les parents ne voulaient pas aller à l’église, mais ils voulaient un lieu fort. Et donc on a décidé de donner l’Oratoire. Ce n’est pas une église aujourd’hui, même si ça l’a été, et on a transformé l’Oratoire avec des plantes et tout. Mais ils nous en veulent toujours.

Et maintenant, c’est quoi la suite pour vous ? Vous allez revenir à Fountaine Pajot ?

J’ai une entreprise de 2 000 personnes. Je n’y travaille pas, mais je m’assurais que, s’il y a une crise, on soit là pour soutenir. Et puis aussi financièrement, c’est une entreprise familiale. Même si on est cotés en bourse, c’est une société familiale. Et puis je m’intéresse à la vie rochelaise. Pas du tout dans le style de raconter ceci ou cela. En tout cas, je serai toujours Rochelais et vous pourrez continuer à me croiser en vélo, au marché, etc. Je souhaite bon vent à la ville de La Rochelle.

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