Un mois après son élection officielle à la tête de la ville, Olivier Falorni a présidé son premier conseil municipal ce lundi soir. La séance, qui s’est révélée animée, a notamment donné lieu à plusieurs échanges tendus entre le groupe d’opposition « La Rochelle Unie » et le maire autour des questions de partis politiques, de militantisme et de lutte contre les discriminations.
Ce lundi soir se tenait le premier conseil municipal de la mandature d’Olivier Falorni, qui a duré un peu plus de 2h30. Très technique, la séance a notamment permis de désigner les représentants au sein de différentes commissions et instances, comme le CCAS, mais aussi d’adopter la nomination d’un déontologue. Les échanges se sont toutefois révélés animés, en particulier entre le groupe d’opposition « La Rochelle Unie » et la majorité municipale.
Olivier Godin, issu de la liste de l’union de la gauche, a ouvert les débats en regrettant l’intitulé affiché pour son groupe sur le site internet de la mairie. Le membre du collectif de l’Assemblée Citoyenne, accompagné de ses collègues, a dénoncé l’absence de référence politique explicite avec le nom des partis, estimant que cela « alimente une confusion politique ».
Olivier Falorni a rétorqué que les noms mentionnés correspondaient à ceux des listes enregistrées lors des élections municipales : « Vous auriez pu vous appeler la gauche unie, vous n’avez pas fait ce choix devant les électeurs. Peut-être que vous ne l’avez pas assumé devant les électeurs à l’époque ».
L’ancien député a également répondu à une autre critique du conseiller d’opposition, qui affirmait plus tôt : « Le centre que vous incarnez n’est pas la gauche », ce à quoi il a répondu : « C’est une maladie infantile de la gauche, tout le monde considère qu’à côté de lui, on n’est pas de gauche […] Vous incarnez une petite partie de la gauche, La France Insoumise ne vous a pas rejoint et n’a pas appelé à voter pour vous au second tour des municipales ».
"Vous avez fait un gloubiboulga en parlant de mon masculinisme, appelez-moi Donald Trump"
Alors que le ton était jusque-là resté bon enfant, ponctué d’échanges au tac au tac entre les deux camps sur la question des partis politiques, le sujet des discriminations a nettement tendu l’atmosphère. Soraya Ammouche, élue du groupe « Une vision pour La Rochelle », avait pourtant d’abord remercié le maire pour la création d’une délégation chargée de la lutte contre les discriminations. Elle a toutefois espéré qu’il ne s’agissait pas seulement d’une mesure « symbolique mais une volonté réelle de revoir les pratiques d’un autre temps », demandant également une feuille de route claire ainsi que les moyens attribués.
Léa Crestois (La Rochelle Unie) a ensuite poursuivi sur ce thème, dénonçant le manque de femmes à la tête de grandes délégations comme les finances, le sport ou l’urbanisme, estimant qu’elles étaient davantage orientées vers celles « pour prendre soin » : «Vous venez confirmer une vision extrêmement genrée des rôles qu’un homme et une femme doivent avoir selon la société, dans une période où nous devrions progresser en matière d’égalité […] Cela dit quelque chose sur la vision que vous avez du féminisme, intervient dans un contexte grave, montée du masculinisme, banalisation du sexisme et violences faites aux femmes, LGBTQIA+ et enfants ».
Cette intervention a fait vivement réagir Olivier Falorni, qui a dénoncé une « caricature absolue » et affirmé avoir l’impression « d’être à l’Assemblée nationale ». « Vous mélangez égalité et violences faites aux femmes, c’est désastreux comme mélange des genres […] Vous avez fait un gloubiboulga en parlant de mon masculinisme, appelez-moi Donald Trump tant que vous y êtes », s’est exclamé le maire. L’édile a ensuite assuré que l’attribution des délégations avait été décidée selon les compétences de chacun et chacune. « C’est un peu sectaire et d’un autre temps, il me semble contre-productif pour la cause féministe que vous prétendez défendre ».
"Je crois que vous avez raté votre carrière"
L’échange a encore changé de tournure quelques instants plus tard, cette fois sur la question des partis et de l’Assemblée nationale, lorsque Olivier Godin a interrogé l’ancien député sur les raisons de ses 14 années passées au Palais-Bourbon « si c’était un calvaire ». « J’y suis resté longtemps car j’ai mené des combats, des débats où on n’avait pas l’étiquette partisane » lui répond-t-il. Le conseiller d’opposition ne démord pas et rétorque : « Cette posture apartisane permet de faire des grands écarts, à nos âges les grands écarts c’est un peu dangereux, je pense que vous allez finir par vous claquer ».
Olivier Falorni reprend alors la main : « Je crois que vous avez raté votre carrière […] J’ai été élu 4 fois député, élu maire, à vous écouter je serais une sorte d’ectoplasme sans colonne vertébrale, ce n’est pas respecter les électeurs de me considérer de la sorte ».
Dans la foulée, Maryline Simoné, tête de liste de « La Rochelle Unie », jusque-là discrète, intervient à son tour sur la question du militantisme: « C’est un parti qui vous a fait, vous crachez dans la soupe […] Militant c’est le plus beau mot qui existe ». Elle réagit également à une déclaration plus tôt dans le conseil où Olivier Falorni a indiqué qu’il sera le porte-parole de Bernard Cazeneuve, candidat pressenti à la prochaine présidentielle, s’inquiétant d’un éventuel cumul avec son mandat de maire.
Le maire répond alors fermement : « Je suis un militant comme vous. J’ai été viré du Parti socialiste parce qu’il ne respecte pas ses propres règles car votre amie Ségolène Royal a voulu s’imposer à La Rochelle […] Rassurez-vous, je ne quitterais pas La Rochelle. Vous croyez que tout est à Paris madame l’inspectrice générale ? ». Interpellée, Maryline Simoné réagit : « Je ne sais pas pourquoi vous m’appelez madame l’inspectrice générale », ce à quoi le maire répond immédiatement : « Parce que vous travaillez à Paris, donc tout n’est pas à Paris ».
Thibaut Guiraud discret
La question des indemnités a également fait couler de l’encre, avec Olivier Godinqui estime que le cumul du mandat de maire et de président ferait près de 7 200€ net mensuel, ce qui serait « indécent selon lui ». « Un discours totalement démagogique » selon son interlocuteur.
De son côté, l’ancien maire Thibaut Guiraud, qui a démissionné de l’agglomération comme nous le révélions vendredi, a fait sa première apparition publique en siégeant au conseil municipal après sa défaite, sans pour autant se faire remarquer, restant silencieux tout au long de la séance.
Du côté du groupe « Une vision pour La Rochelle », qui ne voulait par ailleurs pas être défini comme une opposition, ou du moins comme une opposition constructive, Bruno Léal est également intervenu sur le cas du musée des Beaux-Arts pour demander un point à la majorité municipale, ainsi que sur les 400 ans du siège de La Rochelle, proposant un spectacle associant des historiens locaux et des musiciens d’époque.
Le ton semble en tout cas donné pour ce premier conseil municipal d’une longue série, qui ne devrait pas être un long fleuve tranquille pour la majorité.






