Située en face du stade Marcel Deflandre, la place Île de France à Port Neuf portera désormais le nom d’Arnaud Élissalde, ancien capitaine et entraîneur emblématique du Stade Rochelais pendant près de 31 saisons. Une annonce faite avec émotion ce lundi midi au bar « Les Vieux Crampons ».
Au sein du bar « Les Vieux Crampons », une certaine émotion flottait ce lundi midi. Aux côtés de Lucien, Jean-Pierre, Aline et Jean-Baptiste Élissalde, Olivier Falorni, maire de La Rochelle, a annoncé une nouvelle dénomination pour la place Île-de-France, lieu central de Port-Neuf, face au stade Marcel Deflandre. Elle prendra le nom d’Arnaud Élissalde, alias « Nono », figure emblématique des Maritimes d’ici quelques mois.
Celui qui a débuté le rugby à Bayonne à l’âge de 17 ans en 1943 avait rejoint le Stade Rochelais trois ans après, avec entre-temps un bref passage à Paris. Celui qui deviendra capitaine peu de temps après son arrivée endossera la casquette de joueur-entraîneur en 1953 pendant près de 13 années et 259 matchs. Il conservera les rênes de l’équipe jusqu’en 1977, soit 31 saisons, laissant derrière lui un héritage immense au sein des Maritimes. Il est décédé il y a 10 ans, le 4 mai 2016.
"C’est la famille du rugby qui se réunit"
Vincent Merling, le président du Stade Rochelais, était présent pour cette annonce, à laquelle assistaient plusieurs personnalités locales et anciens du Stade Rochelais, à l’image de Maxime Bono, maire de 1999 à 2014, ou encore Pierre Venayre, directeur général du club.
Avec le portrait de « Nono » à ses côtés, Olivier Falorni a déclaré : « L’esprit du rugby, c’est un esprit où on ne trompe pas, où on ne triche pas, où on gagne sa place, où on mérite sa place par la sueur, le travail et parfois le talent. Et Dieu sait que cette famille Élissalde en a du talent, en a eu et en aura. Je suis heureux d’avoir la famille Élissalde à mes côtés, mais je suis aussi heureux d’avoir la famille du rugby. Et à travers la présence de Vincent, le président du Stade Rochelais, de son directeur général Pierre Venayre, c’est la famille du rugby qui se réunit ».
« Si j’ai autant d’admiration pour Nono Élissalde, c’est que finalement, à mes yeux, c’était à la fois un sacré meneur d’hommes et un sacré donneur d’âme. Il a donné une âme, une identité au Stade Rochelais », a déclaré le maire, lui-même petit-fils de sportifs, avec Gino Falorni, basketteur qui a donné son nom à un gymnase, remerciant Maxime Bono pour ce geste fait lors de son mandat.
Son fils, Jean-Pierre Élissalde, qui a également marqué les Maritimes de 1973 à 1988, avec une brève escale à Bayonne avant de revenir en tant qu’entraîneur de 1988 à 2003, où il fera rayonner le club, a déclaré : « Ça tombe bien et on est très fiers, très personnellement très heureux, très émus. Nono était atypique, vous le savez aussi, il avait ce caractère. »
Il ajoute : « Nous ne sommes que des passeurs de patrimoine. Et le stade, c’est un patrimoine, d’autres s’en chargent encore aussi maintenant. Je souhaite que ça continue comme ça très longtemps. Le professionnalisme est arrivé, donc forcément, c’est un peu différent, mais c’est toujours pareil. Il y a toujours une âme et c’est très bien. La Rochelle est belle et le Stade Rochelais n’a jamais été si beau. »
"C’est beaucoup d’émotions en ce moment"
Jean-Baptiste, le petit-fils de « Nono », lui aussi formé à La Rochelle et demi de mêlée comme son père, est parti à Toulouse en 2002, où il remportera plusieurs trophées, à l’image de la Coupe d’Europe et du Brennus. « C’est beaucoup d’émotions en ce moment, entre les premiers pas de Sacha, juste à cette époque-là, alors qu’il aurait pu être à Toulouse ou à Montpellier. C’est la première fois qu’il porte les couleurs ici, avec les dates qui correspondent à quelques mois près au dix ans de la disparition de Nono. Le fait que tous ces gens soient là, de tous bords politiques, qu’il a encore réussi ça même en étant là où il est, à fédérer les gens. C’est ça qui m’émeut parce qu’en fait Nono, c’était quelqu’un qui était très porté sur l’humain, le partage, la transmission, et je pense qu’il a laissé ça aux gens, quel que soit leur bord politique, leur couleur ou leur maillot même », a déclaré avec émotion celui qui a gagné à deux reprises les Six Nations avec le XV de France.
« Nono avait une place bien évidemment importante au stade au début, il a été bien aidé aussi par beaucoup de personnes. Mais je m’en aperçois maintenant en étant ici au Vieux Crampons : des gens d’une soixantaine d’années ont connu Nono quand il avait la trentaine et ont beaucoup d’affection et beaucoup d’émotion quand ils parlent de lui. Je pense qu’avec sa petite poissonnerie, la maison familiale était là juste à côté, il transmettait énormément, plus que le rugby. Il avait une place dans la communauté, dans la ville. Donc c’est chouette que ça se passe là », a ajouté Jean-Baptiste Élissalde.
Il conclut avec émotion : « Donc c’est à côté du stade mais à la fois pas loin de l’entrée, comme Nono était, où il essayait de faire entrer le maximum de personnes. Il a quasiment donné toute sa vie pour la transmission et pour essayer de faire quelque chose de pas mal dans le rugby. Donc voilà mon émotion, tout ça s’entrechoque, c’est un peu bizarre […] C’est assez incroyable qu’une personne, quelle qu’elle soit, arrive à transmettre autant de choses ».
Un stade au nom d'Arnaud Élissalde
Vincent Merling, président du Stade Rochelais et également joueur dans les années 1970, a rendu hommage : « Parler d’Arnaud Élissalde, bien évidemment, il a été mon entraîneur pendant quelques années, ce sont des moments émotionnels très forts […] Arnaud nous a donné, à tous les anciens ici présents, à moi aussi, une éducation sportive avec des valeurs fortes, des valeurs qui ont construit ma vie et sur lesquelles, le jour de la cérémonie de son décès, on a pris au Stade Rochelais l’engagement de continuer à suivre l’exemplarité de l’homme qu’il était et de continuer l’identité du Stade Rochelais et ses valeurs à travers son message. »
Celui qui est à la tête du club depuis 1991 a annoncé la volonté de créer un terrain au nom d’Arnaud Élissalde sur la plaine des jeux Colette-Besson, avec des tribunes, un club-house, etc., à destination notamment des jeunes du club. Un projet entamé avec l’ancienne mandature et qu’il espère voir soutenu par la nouvelle, demandant à Olivier Falorni un appui sur ce dossier.