Encore meurtri par l’accident cardiaque dont a été victime Uini Atonio, le manager des Jaune et Noir, Ronan O’Gara, s’est livré avec émotion sur la façon dont il a vécu cette semaine particulière, à la veille de la réception de Lyon (samedi, 16h35).
Les nouvelles sont plutôt rassurantes au sujet de la situation de santé d’Uini Atonio, victime d’un accident cardiaque en début de semaine. Arrivez-vous à retrouver le sourire après cette énorme frayeur ?
Mardi, on n’avait pas le sourire, c’était un peu l’inverse. On avait beaucoup de peur quand on a vu Uini. Il n’y avait pas beaucoup de visibilité sur le sérieux de la situation. On était tous pris par l’émotion et le scénario. C’était horrible. Depuis ça, je suis un peu dans les nuages. Je ne suis pas trop en contrôle cette semaine, parce que c’est difficile de voir Uini dans un petit lit avec des fils partout… (Il marque une pause, les yeux humides) Mais il va bien.
Comment le groupe réussit-il pour se concentrer sur le match du week-end contre Lyon ? Y parvient-il ?
Non, je ne pense pas, non. Les joueurs sont un peu mieux aujourd’hui. Heureusement, il n’y a qu’un Uini (sourire). Le plus important, c’est qu’il est vivant. On pense à sa femme et ses enfants. Ça m’a choqué. J’adore sa femme et ses enfants et c’est la première fois que j’ai vu Uini sans solution. Maintenant, le plan c’est de respecter les consignes du cardiologue pour faire en sorte qu’il ait une bonne vie. Mais cette semaine, c’était difficile de voir notre champion comme ça.
Au-delà du grand joueur, c’est à l’homme que vous pensez ces derniers jours ?
C’est l’homme que j’adore (larmes). Il va passer dans le staff, j’espère. C’est un énorme privilège parce que je connais bien l’homme, toutes les choses qu’il fait dans l’ombre. Je le connais depuis 6 ou 7 ans. C’est pourquoi j’adore ce sport, il permet de croiser des personnes comme lui. Il n’y a pas beaucoup de gens comme lui dans le monde, ça c’est sûr. Tout ce qu’il fait avec les jeunes, pour intégrer les étrangers, les choses qu’il fait dans les périodes dures, ou au contraire quand on pense qu’on est fort… C’est quelqu’un d’exceptionnel. Je dois le remercier pour les émotions qu’il m’a donné depuis que je suis ici. Je n’ai pas les mots pour le décrire, c’est quelqu’un d’exceptionnel.
Est-ce qu’avec ce coup du sort, vous pensez à prendre un joker médical ?
Non. Je n’ai même pas réfléchi à ça.
Voyez-vous le match à venir contre Lyon comme l’occasion de lui montrer que vous êtes avec lui ?
Exactement. C’est un peu le côté impitoyable. On aimerait gagner demain pour Uini, faire un grand match, mais on sait que le sport ne marche pas comme ça. On a besoin d’être professionnel, de se vider la tête. On a aussi besoin de comprendre que c’est une fin de carrière monstrueuse, pas une fin de vie, heureusement. Demain (samedi) c’est un match de rugby et ça reste un match de rugby. Avant ça, il y a juste une pensée pour sa famille. Mais le match est hyper important. Je sais qu’on va voir toutes les grandes valeurs de ce club demain. Si ce n’est pas avec l’équipe, ce sera avec les supporters. Quand c’est dur, on voit la vraie force d’un club. Je suis convaincu qu’après la tempête, on va avoir de beaux jours.
Avant Uini Atonio, Gabriel Lacroix et Kévin Gourdon avaient également dû arrêter leur carrière en cours de saison. Ces expériences passées vous aident-elles dans ce moment ?
Honnêtement je ne sais pas. Je ne suis pas ici pour débattre sur qui est le plus grand joueur de l’histoire du Stade Rochelais mais je suis sûr qu’il est dans les cinq. C’est un homme exceptionnel. Il a une relation spéciale avec chaque joueur, chaque membre du staff. C’est pourquoi tout le monde est vraiment touché. Quand tu connais l’homme, c’est très difficile de rester froid, parce qu’il est l’inverse de froid. Il est tellement jovial, il irradie et transfère son énergie positive. C’est super important dans la vie. J’ai l’image de lui dans le petit lit et ça fait très mal. Je n’arrive pas à m’enlever cette image de la tête pour l’instant.
Est-ce la première fois de votre carrière d’entraîneur que vous ressentez une telle émotion ?
J’avais le même sentiment avec Anthony Foley (décédé brutalement à 42 ans avant le match entre le Munster et le Racing 92 en 2016), quand j’étais dans le staff du Racing. Malheureusement, il n’est plus là. C’est pour ça que ma femme et moi, on a très peur. Je suis le manager. Imagine si je fais jouer Uini à Clermont (dimanche dernier). Il se passe quoi ? J’étais proche de faire ça donc… Ce n’est pas facile de digérer ça. J’ai une énorme responsabilité envers mes joueurs. Je suis soulagé qu’il soit à un bon endroit en ce moment. Mais c’est super difficile. C’est quelqu’un à qui tu aimerais faire des câlins tout l’après-midi. Et je ne peux pas. Je pense à sa femme et ses enfants. C’est tellement triste.
Propos recueillis par Jules Lefebvre