Stade Rochelais. Matthias Haddad : « C’est surtout dans les moments les plus durs qu’on voit les caractères »

Présent en conférence de presse avant son retour à la compétition face à Castres (samedi, 21h), le troisième ligne du Stade Rochelais, Matthias Haddad, est revenu sur ses deux mois loin des terrains ainsi que le processus mis en place afin qu’il puisse reprendre le fil de sa carrière. 

Matthias Haddad a été autorisé à reprendre la compétition I Stade Rochelais

Comment vous avez vécu cette période de deux mois loin des terrains ?

Déjà, j’étais en collaboration totale avec le club. Il était très à l’écoute, j’en ai parlé avec Pierre Venayre (le directeur général du club, Ndlr). Je me sentais très bien, j’étais directement rassurant. Mais j’avais vraiment besoin de rassurer mes proches, mon entourage qui était impacté indirectement sur les réseaux. Les supporters s’inquiétaient aussi, avec énormément de bienveillance. J’avais besoin de faire ces tests pour me rassurer, mais surtout pour rassurer tout le monde du rugby. C’est bien aussi de montrer que les joueurs ne sont pas que de la chair à canon et qu’on essaye au maximum d’être protégés par l’environnement qui nous entoure.

La prise en charge des commotions vous semble plus « balisée » aujourd’hui ?

Forcément. Je vais parler surtout en mon nom parce que je ne connais pas tous les protocoles du monde. En tout cas, le mien a été vraiment fait de manière très professionnelle, ça a été bien suivi. Le club a décidé que tant que je n’avais pas fait ces tests, je ne pourrais pas reprendre. Malgré le fait qu’on était en galère de joueurs, les dirigeants ont assumé jusqu’au bout leur décision. Je leur tire mon chapeau. Parce qu’il faut continuer de nous protéger avec le rythme des matchs etc. On a besoin d’avoir des réponses à nos problématiques et ça a été le cas.

En quoi consistait tous ces protocoles ?

Au début, il y a le protocole de commotion classique, obligatoire. Même le jour du match, j’allais très bien, zéro symptôme. Après, on a voulu pousser un peu plus loin. On est donc allé au contact du Dr Brauge (neurologue référent de la Ligue Nationale de Rugby, NDLR). On s’est déplacés avec ma compagne et le docteur du club à Toulouse pour pouvoir faire les examens supplémentaires. C’est toute une batterie de tests, qui dure toute la journée, pour pouvoir voir où j’en étais par rapport à une personne de mon âge dans la société civile, avec un niveau d’études supérieur, vu que je fais des études. Ils comparent pour savoir où j’en suis et s’il y a des anomalies quelque part. Au début, la neuropsychologue a fait deux heures de test, elle a été assez positive. Après, il y a eu une IRM, on a vu un radiologue, on a fait une synthèse avec le neurochirurgien qui a après tout ces tests a dû contacter cinq experts un peu partout dans le monde. Dont un, par exemple, qui s’occupe de la NFL à Boston, je crois. Ça m’a surpris de voir que c’était poussé aussi loin, mais j’étais très content. Le fait qu’ils soient tous unanimes sur ma reprise en sachant qu’ils se mouillent et mettent en jeu leur carrière, ça me rassure énormément. J’avais aussi envie de rassurer mes proches aussi.

Quelles étaient vos craintes ? D’avoir des troubles neurologiques rédhibitoires ?

D’après les informations qu’on a eues sur les boxeurs, les joueurs en NFL, même certains joueurs de rugby qui ont eu certaines maladies neurodégénératives… Le plus important, c’était ça. Parce qu’après le rugby, on continue de vivre, la vie ne s’arrête pas au bout de 35 ans. C’était important de savoir comment j’allais appréhender mon après-carrière et on avait déjà plusieurs infos grâce à leurs tests. On dirait la NASA, quoi (rires) ! J’étais super rassuré, c’était cool.

Vous parliez d’avis unanimes. Ça prouve que tout est clair ?

On a tous abordé le sujet très sérieusement et c’est important. On est des joueurs de rugby, mais on est surtout, avant tout, des humains. On a des émotions, on a des moments durs, des moments faciles, heureux, des hauts et des bas et c’est important d’en prendre conscience et de ne pas se croire un super-héros et se croire au-dessus de tout. Là, je vais avoir un suivi tous les deux ans et on a une base de données qui est saine et on va comparer. C’est rassurant de se dire qu’on voit l’évolution et on pourra faire attention si jamais il y a un problème ou quoi que ce soit. Le dicton « mieux vaut prévenir que guérir » s’applique pour mon cas. Je suis très heureux parce que c’est quelque chose qu’il ne faut pas sous-estimer.

Avez-vous craint de devoir mettre un terme à votre carrière ?

C’est paradoxal parce qu’en fait, il y a deux ans, j’ai vraiment eu plus de difficultés avec mon genou (double opération du genou gauche). C’était la première fois que je me suis posé la question (sur la poursuite de ma carrière). J’ai eu plus de craintes pour mon genou, c’était bizarre. Là, j’étais plus en paix avec moi-même. Je suis suivi, je parle. Je ne suis pas quelqu’un qui reste tapis dans l’ombre, à avoir des idées noires. Se sentir bien dans la tête, c’est important. Après, il y a eu l’épisode de Uini (Atonio, contraint d’arrêter sa carrière après un accident cardiaque). Ça m’a fait énormément prendre de recul. Je me suis dit que j’ai quand même la chance d’être bien entouré et de prendre le problème avant que ça arrive.

Quand avez-vous repris l’entraînement ?

Assez rapidement, avec les trois-quarts, parce que j’allais vraiment bien. J’avais zéro problème. Tant mieux, j’ai pu peaufiner mon jeu technique (sourire) sur des situations un peu plus rapides qu’avec les avants. C’était cool de me perfectionner en tant que joueur de rugby. C’était vraiment ma demande auprès du staff, pour devenir un meilleur joueur de rugby chaque jour. Ils ont bien répondu à cette demande en me faisant m’entraîner avec les trois-quarts depuis deux ou trois semaines, peut-être plus, je n’ai pas la date exacte. Je ne sais pas vraiment la date exacte. On a fait une grosse reprise du contact cette semaine pour pouvoir être prêt d’office pour ce week-end.

Votre reprise face à Castres se fait donc sans appréhension ?

Le rugby reste ma passion. Je joue pour m’amuser, je prends du plaisir en étant sur le terrain avec les copains. C’est bête à dire, mais c’est important pour moi. C’est là où je m’exprime, où je me sens le mieux. Ce n’est pas forcément une appréhension. Je suis très content. En plus de ça, ça m’a fait prendre conscience du privilège qu’on a de vivre de notre passion, de s’éclater. Il ne faut pas le perdre, même si traverse des moments durs. On est quand même en bonne santé, on a des gens autour qui nous aiment, qui sont extrêmement bienveillants. J’ai eu vraiment beaucoup d’amour de par mes proches, mon équipe, mon club, mais aussi les supporters. Ça fait vraiment beaucoup de bien. Quand « ROG » (Ronan O’Gara, le manager) a annoncé la nouvelle de mon retour au groupe, tout le monde était content. Ça m’a fait chaud au cœur. Ils ont dit que c’était enfin une bonne nouvelle pour le club ! Dans des moments comme ça, toute énergie positive est bonne à prendre.

Par le passé, vous aviez évoqué votre changement de technique de plaquage pour limiter le risque de commotion. Votre dernière commotion face à Bayonne est arrivée dans la foulée d’un coup d’envoi où vous êtes monté très fort. Allez-vous mettre un peu le frein sur votre engagement ?

Pour avoir revu plusieurs fois la vidéo tellement j’étais frustré, je suis vraiment à l’arrêt sur ce plaquage. Je prends la bonne épaule. En fait, c’est vraiment anecdotique, il se tourne, je prends sa hanche. Je l’ai regardé plusieurs fois. Je ne pense pas qu’il y avait d’erreur technique. Je cours, je m’arrête et paf, c’est le destin, pas de bol. En plus de ça, ce jour-là, j’étais malade. Intoxication alimentaire. En plus de ça, avec Oscar (Jegou), on ne se comprend pas. C’était bizarre. Au final, je me retrouve à monter. C’est le destin. C’est comme ça que ça devait se passer (sourire).

Vous devez être impatient de monter dans le car pour rejoindre Castres ?

Oui, c’est sûr. J’ai vraiment envie de porter le maillot Jaune et Noir et de retrouver les copains. Ça va être un bon test à Castres. On le sait, c’est une équipe très rugueuse qui a confiance en son rugby en ce moment, qui est solide. C’est un club qui représente plein de valeurs. Nous aussi, on a envie de représenter nos valeurs. C’est le meilleur test possible pour montrer notre caractère.

La Rochelle est à 8 points de la sixième place qualificative pour les phases finales. Il reste 9 matchs. Dans quelle optique êtes-vous à l’approche de la fin de cette saison ?

Moi, je vois le verre à moitié plein. Je me dis qu’il reste neuf opportunités. Si tout était joué, ça ne serait pas cool. Le championnat serait « nul ». Là, il y aura du suspens. On va se donner à fond pour se donner l’opportunité d’accrocher le Top 6. On est ambitieux. C’est surtout dans les moments les plus durs qu’on voit les caractères. Je préfère être optimiste et voir ça comme une opportunité.

Le club a annoncé les arrivées de deux jokers médicaux (Andy Timo et Watisoni Waqanisaravi) pouvant évoluer à votre poste. Quel regard portez-vous sur ces arrivées ?

Je pense qu’il faut ramener le plus d’énergie possible. C’est génial pour le club. C’est le club avant les joueurs. C’est important. On a besoin de ces joueurs-là, de leur fraîcheur. 

Propos recueillis par Jules Lefebvre

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