Parmi les joueurs les plus utilisés par Ronan O’Gara et son staff, le centre ou ailier du Stade Rochelais reste pourtant assez discret dans les médias. Jules Favre revient sur sa sélection avec l’équipe de France Développement en 2024, mais aussi sur son début de saison et celui de son équipe, récemment éliminée de la Champions Cup.
Depuis la saison après la reprise Covid, vous jouez près de 27 matchs par saison, comment vous vous sentez physiquement et mentalement ?
Ça va ! Je suis toujours content de jouer. Je préfère être sur le terrain plutôt que de ne pas jouer. Physiquement, ça va, je suis encore jeune (sourire). Cette année, j’ai un peu basculé avec les « anciens » avec tous les nouveaux et les jeunes qui sont arrivés. J’ai toujours cette période dans l’année d’un mois et demi, deux mois, où je suis blessé. Une année, c’était le coude, une autre c’était la pubalgie… J’ai toujours cette période qui, au final, me sert à récupérer. Pour le moment, j’ai eu de la chance, je loupais quatre ou cinq matchs mais après j’enchaînais et je finissais la saison plus en forme.
À force d’enchaîner les saisons, qu’est-ce que vous avez appris pour mieux gérer votre corps ?
C’est une bonne question qui aurait mérité une réponse préparée (rires). Pour faire court, la clé, c’est de bien gérer la charge de travail la semaine. Savoir alléger son début de semaine. Même si le staff essaye de gérer ça, on est tous différents. Forcément, ce n’est pas parce que deux joueurs ont fait 80 minutes qu’ils récupéreront pareil. Si l’un joue tous les matchs depuis le début de saison et que l’autre joue son premier match en entier, tu ne peux pas faire les mêmes choses. L’expérience m’a donc appris à mieux gérer mon début de semaine et à cibler ce que je fais. Je me gère en fonction de ce que je ressens, c’est important.
Vous avez connu une sélection avec France Développement en 2024, qu’est-ce que cette expérience vous a apporté ?
C’était contrasté par rapport aux deux affaires extra-sportives (Jegou-Auradou et Jaminet) qui s’étaient produites en Argentine et qui avaient bouleversé le groupe. Nous, on devait quand même continuer à se préparer pour jouer un match international même si ce n’était pas dans le calendrier de la fenêtre internationale. Mais bon, on a quand même joué contre une sélection nationale (l’Uruguay). Forcément, il fallait rester dedans, ce n’était pas évident mais ce sont de très bons souvenirs. On a joué dans la pampa uruguayenne, c’était marrant et en même temps, tu te dis « qu’est-ce que je fais là » (rires). Le stade était tout plat avec un terrain synthétique. Je jouais à l’aile et je me suis dit : « fais du mieux que tu peux, on verra par la suite ». Je n’ai pas réussi à accrocher une sélection mais ça reste un bon souvenir de porter ce maillot même si ça ne comptait pas comme une sélection.
Dans un coin de votre tête, est-ce que vous espérez porter le maillot bleu un jour ?
Oui, bien sûr. Comme ils nous l’ont dit, « ce n’est pas eux qui donnent la sélection, c’est à toi d’aller la chercher ». Il faut essayer d’être plus performant les week-ends et peut-être qu’un jour ça viendra mais je ne me focalise pas là-dessus. Je pense que ce serait une erreur de faire le focus. C’est quelque chose qui viendra naturellement si je le mérite et si j’ai le niveau.
Beaucoup d’observateurs vous qualifient comme un joueur « sous-coté », est-ce que c’est quelque chose que vous partagez ?
Je ne sais pas. Je vois ce que tu veux dire. Après, sous-coté par rapport à qui, à quoi ? Mon jeu fait que je ne suis pas le plus visible, le plus étincelant. Je suis limité en vitesse parce que mon corps m’a dit que je n’irais pas plus vite que ça (sourire). Aujourd’hui, on prône le rugby de vitesse, moi, c’est forcément moins mon jeu. Il faut de tout pour faire une équipe, on est 15 sur le terrain, il faut qu’on se complète. Ce que je fais, je pense plutôt bien le faire. Les autres sont contents que ce soit moi qui aille faire un ruck et pas eux et que ce soit eux qui marquent un essai après. Et moi, ça me va très bien aussi ! À la fin, tu gagnes ensemble et tu perds ensemble. Donc quand tu gagnes et que tu as fait ta petite part du boulot, tu es satisfait et tu sais que sur les 18 000 personnes qui vont au stade, tu en as peut-être 17 900 qui ont vu l’essai et 100 personnes qui ont vu que si le gars n’avait pas bien protégé le ruck important, il n’y aurait pas eu essai. C’est là où on revient au gars sous-coté. On voit le résultat mais tu ne vois pas tout ce qu’il s’est passé avant car ce n’est pas vraiment quantifiable, ce boulot-là. Je pense qu’on m’apprécie pour ça et c’est pour ça que j’arrive à rester ici, à La Rochelle, dans une équipe qui vise le haut de tableau.
Nous avons passé la première partie de la saison, quel regard portez-vous sur votre début de saison ?
Individuellement, je trouve que j’ai fait des bons matchs, des bonnes performances et d’autres plus quelconques, où j’ai fait ce que j’avais à faire mais sans plus. J’ai juste fait un non-match contre Clermont (en septembre) où je prends une commotion et je re-rentre sur le terrain alors que je devais sortir. Sinon, tous les autres matchs étaient plutôt bien et j’avais un bon rythme malgré l’enchaînement des matchs. Après, tu te sens moins performant quand tu perds et que l’équipe est moins bien. Si on avait gagné trois ou quatre matchs de plus, peut-être que je t’aurais dit que mon début de saison aurait été très bon. C’est dans ces moments-là où il faut se mettre au service de l’équipe et ne pas faire le « Zorro », celui qui voudrait sauver l’équipe tout seul.
Avant d’évoquer le collectif, comment jugez-vous jugez l’intégration des nouvelles recrues ?
Des mecs comme Nolann (Le Garrec), « Nini » (Davit Niniashvili), Ugo (Pacôme) ou Semi (Lagivala) avant qu’il ne se blesse, ça rajoute beaucoup de vitesse. Ce sont des mecs jeunes, qui sont arrivés avec de l’ambition, l’envie de jouer, c’est ce qu’on avait un peu perdu ces derniers temps. Tu sens qu’ils ont vraiment envie de jouer, de toucher le ballon, de porter la balle, de faire des différences. Quand tu joues dans l’avancée, ce n’est pas pareil. Nos avants sont un peu vieillissants, ont un peu moins d’impact. On le voit ces derniers temps, c’est un peu plus dur d’avancer grâce à eux alors que notre jeu était basé là-dessus. Sur ce début de saison, je trouve que nous, les trois-quarts, on a bien impulsé ça. C’est dommage car on a quelques blessés, on n’est jamais vraiment tous ensemble, on fait un match sur deux et on n’arrive jamais à enchaîner et à trouver de bons repères tous ensemble.
Pour en venir à l’équipe, on vous sent capable de produire de belles choses mais vous êtes pour l’instant irréguliers, est-ce qu’à titre personnel, vous comprenez pourquoi vous n’arrivez pas à corriger cela ?
C’est quelque chose qui est fou. Je ne sais pas si ça doit venir d’une prise de conscience personnelle. On n’arrive pas à basculer le jour du match. Avant les Harlequins, tout le monde savait que c’était une finale avant l’heure pour se qualifier. Et arriver et que les autres aient plus envie que toi, ce n’est pas possible. Tu te demandes à quel moment on a manqué de vigilance et à quel moment on s’est dit que ça allait le faire parce qu’on jouait devant notre public. En fait, ça ne s’est pas du tout passé comme ça et ça a été compliqué.