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INF la Rochelle > INF La Rochelle > « S’il n’y avait pas de consommateurs, il n’y aurait pas de trafic » affirme Arnaud Laraize, le procureur de La Rochelle

« S’il n’y avait pas de consommateurs, il n’y aurait pas de trafic » affirme Arnaud Laraize, le procureur de La Rochelle

Par Timothé Lefort | contact@inf-info.fr
22 janvier 2026 - 13h51
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Dans un entretien accordé à INF La Rochelle, Arnaud Laraize, procureur de la République de La Rochelle, est revenu sur l’année 2025. Le magistrat a évoqué l’intensification du narcotrafic, les violences qui l’entourent, mais aussi les nombreux faits divers ayant secoué le département, ainsi que la prise en charge des auteurs atteints de troubles psychiatriques.

Arnaud Laraize, le procureur de la république de La Rochelle | TL - INF LR
Arnaud Laraize, le procureur de la république de La Rochelle | TL - INF LR

Quelle a été l’activité de votre parquet en cette année 2025 ?

Arnaud Laraize : « C’est un territoire où la pression a énormément augmenté ces 20 dernières années. Sur les 28 500 procédures, il y en a à peu près 8 500 qui sont des procédures poursuivables. C’est-à-dire qu’on ne compte pas tous les classements sans suite pour auteurs inconnus ou pour des infractions insuffisamment caractérisées. Donc, c’est toutes celles où on n’a pas de prescription. La Rochelle est celui qui a le plus d’activité pénale des huit tribunaux de la cour d’appel de Poitiers […] Les poursuites sans audience ont notamment augmenté, passant de 2 000 à 2 500, avec les plaider-coupable, etc. Cela s’explique par une petite hausse de la délinquance (3 à 4 % en fonction des zones), mais également par la volonté de traiter de cette manière plus de procédures avec des CRPC (procédure qui permet au parquet, en accord avec l’avocat du mis en cause, de proposer une peine qui sera validée ou non par le juge). »

Est-ce qu’il y a beaucoup de dossiers en stock ?

Arnaud Laraize : « Il y avait des dossiers qui étaient en stock dans les parquets, qu’on a sortis en faisant des ordonnances pénales. On a essayé de déstocker des procédures qui étaient dans les commissariats de police et la gendarmerie […] On a fait diminuer le stock en gendarmerie de 20 %, ce qui est beaucoup. En police, ça a plutôt tendance à être stable, voire même une légère diminution […] Il y a plus de 5 000 procédures en stock dans le commissariat de La Rochelle. »

Comment peut-on expliquer cela ?

Arnaud Laraize : « Il y a des manques d’OPJ (officiers de police judiciaire), vu l’activité du commissariat de La Rochelle. Ce sont des policiers qui partent à la retraite et qui ne sont pas remplacés, ou pas tout de suite. Pendant ce temps-là, les dossiers s’accumulent. Il y a une augmentation de la délinquance chaque année, pas de beaucoup, mais de 2 à 3 %. Et quand vous cumulez sur dix ans, ça commence à faire des pourcentages importants. Ce qui fait que les délais peuvent être importants en zone police. »

Quel bilan tirez-vous au niveau de la lutte contre la consommation de stupéfiants ?

Arnaud Laraize : « Alors, ce qu’on constate, c’est qu’il y a des saisies de plus en plus importantes. Un nombre d’AFD (amendes forfaitaires délictuelles, qui sont adressées aux consommateurs de stupéfiants) qui, chaque année, augmente, avec des proportions importantes de 20 à 30 % en zone gendarmerie et, en zone police, un peu moins. C’est ce qui est demandé aussi par les différents ministres, que ce soit celui de la Justice ou de l’Intérieur. S’il n’y avait pas de consommateurs, il n’y aurait pas de trafic, donc la pénalisation de la consommation vise aussi à responsabiliser les consommateurs qui alimentent les trafics. »

Et au niveau des vendeurs, est-ce que cela reste concentré sur La Rochelle ou les campagnes et petites villes sont aussi concernées ?

Arnaud Laraize : « Effectivement, la campagne rochelaise est concernée, avec la gendarmerie qui saisit de plus en plus régulièrement des quantités importantes. Le week-end dernier, on a encore saisi 500 grammes sur une transaction qui était en train de se faire, et c’est assez régulier. Et les dealers ne sont pas forcément en contact avec des fournisseurs de Mireuil, mais aussi de Nantes ou de Bordeaux. »

Est-ce qu’il y a des craintes d’exacerbation de la violence autour du trafic de stupéfiants ?

Arnaud Laraize : « On commence à avoir des phénomènes de violences. On a eu des coups de feu cette année, en juillet 2025, dans le quartier de Mireuil, liés à la problématique des stupéfiants. On a eu aussi des faits de séquestration, qui débouchent après sur des remises en liberté, et qui étaient liés au trafic de stupéfiants et à des dettes sur La Rochelle. On a eu des plaintes cette année, mais on n’est pas au courant de tout. »

Quels moyens ont été mis en place pour lutter contre ce fléau ?

Arnaud Laraize : « C’est une politique pénale prioritaire, sur laquelle on essaie maintenant d’aller sur le haut du spectre et pas seulement sur les consommateurs. Le haut du spectre, ce sont des enquêtes beaucoup plus longues, qui demandent des filatures, de l’observation du terrain. Au parquet de La Rochelle, j’ai mis une substitut qui est spécialement en charge de ces problématiques, à qui on a enlevé certaines tâches afin qu’elle se consacre, en 2026, à ces objectifs de haut du spectre. On travaille beaucoup sur l’aspect financier, les saisies, pas seulement d’argent, mais aussi de patrimoine. On confisque des véhicules, des comptes bancaires, des sommes d’argent qui sont trouvées dans les perquisitions, etc. Et puis, il y a la loi narcotrafic, qui nous permet de faire des interdictions administratives de paraître pour les vendeurs. Un individu va être jugé pour ne pas l’avoir respectée dans un délai de deux mois. Et en garde à vue, on fait intervenir la direction générale des finances publiques pour saisir l’argent afin de recouvrer des amendes non payées. »

Vous avez eu des faits divers peu communs à traiter cette année, à l’image de la voiture folle à Oléron ou de la séquestration d’un couple à Dompierre pour de la cryptomonnaie, ainsi que de nombreux meurtres. Comment voyez-vous cela ?

Arnaud Laraize : « C’est évident que la Charente-Maritime n’est pas épargnée par des affaires de haute intensité, de grande délinquance. Ce n’est pas forcément de la délinquance organisée, notamment à Oléron, où on voit bien que c’est un individu isolé, qui n’était pas en contact avec un réseau djihadiste, avec une propagande radicale de récupération. C’était un individu seul, en tout cas à ce stade du dossier. Mais ça veut dire que des territoires qui étaient jusqu’à présent épargnés vont être touchés par ces phénomènes de radicalisation. Et puis, sur le dossier des cryptomonnaies que vous citez, oui, effectivement, c’est quand même une très grosse affaire, avec des faits extrêmement graves, qui, là, sont commis en réseau, avec une délinquance organisée, avec plusieurs auteurs, et c’est pour cette raison que la JIRS de Rennes a récupéré le dossier. Donc, on voit que la Charente-Maritime est traversée par de nombreux faits de criminalité grave […] Je pense aussi aux meurtres qui ont été commis en début d’année. Il y a eu ce meurtre dans un contexte conjugal, avec cette femme qui a été découverte brûlée à Périgny. Il y a eu le meurtre, qui est toujours non élucidé, du sans-domicile-fixe à La Rochelle. Il y a Marius Lacroix, dans cet appartement, avec cette découverte de ce meurtre dans un contexte peut-être d’alcoolisation aussi. On a beaucoup plus de faits criminels qui ont été commis en 2025 que deux ou trois ans auparavant. »

Cela veut-il dire qu’il y a plus de violences dans les faits ?

Arnaud Laraize : « Alors, moi, je dirais que les délits ont tendance à augmenter légèrement, je parlais de 3 à 4 %, et encore, c’est de manière globale, parce que si on regarde certains items, par exemple les violences intrafamiliales, cette année, en zone gendarmerie, c’est une baisse de 10 %. En zone police, ça a augmenté de 0,6 % au niveau des violences intrafamiliales, on appelle ça une stabilisation […] On voit qu’il peut y avoir des baisses en matière de délinquance sur certains items et des hausses qui compensent ces items. Je pense notamment aux violences sexuelles, notamment dans un milieu intrafamilial pour le coup, mais pas que. On a eu des agressions sexuelles qui ont été commises dans la rue cette année : il y en a eu une à La Rochelle, effectivement, mais également à l’île de Ré, où il y en a eu une cet été. Donc, aucun territoire n’est épargné. Là où il y a une augmentation qui continue, ce sont les escroqueries et la cybercriminalité, où il y a des hausses avec des ordres de grandeur assez importants, qui peuvent être de 10 ou 20 % selon les zones. Donc, ça veut dire que pour compenser 10 ou 1 % d’augmentation sur certains items, il faut que d’autres aient beaucoup baissé sur le ressort. »

Sur ces faits divers violents, justement, on a remarqué que beaucoup d’entre eux étaient liés à des actes isolés ou psychiatriques. Est-ce qu’il y a un problème de prise en charge ?

Arnaud Laraize : « On doit dire que l’année 2025 a été très marquée par des auteurs qui avaient des problèmes psychiatriques […] C’est un problème national, et ce n’est d’ailleurs pas pour rien que ça a été mis comme cause nationale, la psychiatrie. On manque de moyens par rapport à l’augmentation des troubles psychiatriques sur le territoire. L’une des causes, je tiens à le souligner, c’est la consommation de produits stupéfiants […] Il a été prouvé scientifiquement, très sérieusement, que la consommation de produits stupéfiants déclenchait et aggravait les problèmes psychiatriques, notamment la schizophrénie, mais pas que. Donc, c’est une conséquence très claire […] Sur la psychiatrie, on manque aussi de places en hôpital psychiatrique, de médecins psychiatres, d’infirmiers psychiatriques, parce qu’il n’y a pas qu’un médecin. Et encore, on a la chance d’avoir un grand hôpital à La Rochelle et une unité de pédopsychiatrie, ce qui n’est pas le cas de tous les départements. Mais tous les derniers cas importants en matière d’atteintes graves aux personnes ces derniers mois sont le fait de personnes atteintes de troubles psychiatriques. »

Est-ce que, pour vous, la Charente-Maritime pourrait tomber dans la criminalité organisée, à l’image de Nantes au nord ou de Bordeaux au sud, ou cela reste-t-il encore mesuré ?

Arnaud Laraize : « Pour l’instant, on arrive justement à maîtriser cette criminalité organisée, puisque, là, nous sommes sur des phénomènes de délinquance organisée. On a des crimes, mais ce n’est pas de la criminalité organisée. Ces groupes sont en tout cas moins structurés qu’à Bordeaux et à Nantes actuellement en Charente-Maritime. Mais c’est pour cette raison qu’avec tous les services de l’État, les forces de l’ordre, on essaie d’initier beaucoup d’enquêtes et d’éviter que la situation se dégrade. Il y a une crainte, bien entendu, parce que les phénomènes qui sont connus sur Bordeaux et sur Nantes, on n’en est pas à l’abri, et ils peuvent se déplacer. Il y a aussi des équipes qui sont mobiles. »

Pour conclure cet entretien, quels sont vos objectifs pour cette année 2026 ?

Arnaud Laraize : « Le premier objectif, c’est de baisser encore les délais d’audiencement, de convocation en justice, une fois que l’enquête est terminée, et donc de jugement par le tribunal correctionnel à La Rochelle, notamment en matière collégiale, pour les dossiers les plus complexes et les plus difficiles. Parce que sur les autres domaines, on devient, pour moi, bons, puisqu’on est à un, deux ou trois mois en juge unique, en ordonnance pénale ou même en alternative aux poursuites. Ce sont donc de bons délais. […] L’autre objectif, c’est de traiter les stocks dans les services d’enquête, et notamment en zone police, pour réduire les délais d’enquête. J’ai donc programmé des journées dédiées de mes collègues au cours du premier semestre, où ils passeront des journées entières au commissariat pour faire baisser les stocks. On appelle ça des traitements sur site. Concrètement, cela signifie qu’on va leur présenter toute la journée, avec les enquêteurs du commissariat, des dossiers pour faire le point, voir si le dossier est en état, donner les dernières instructions pour finir et clôturer le dossier, etc. […] Et enfin, on va renouveler, avec monsieur le préfet, avec les gendarmes et les policiers, avec toutes les forces de sécurité volontaires et je pense aux polices municipales, les opérations “semaine route bleue”. »

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