Tantôt décrié, tantôt adulé, le demi d’ouverture du Stade Rochelais Ihaia West ne laisse pas indifférent. Pour INF La Rochelle, le Néo-Zélandais revient sur la barre des 1000 points qu’il a récemment franchie, ses échecs, notamment face aux perches, ainsi que son avenir, lui qui est en fin de contrat en juin prochain.
Comment avez-vous réagi quand vous avez passé la barre des 1000 points avec La Rochelle ?
C’est cool même si ce n’est pas quelque chose que je cherchais à faire quand je suis arrivé (en 2018, Ndlr) ou même maintenant. C’est cool de passer cette barre des 1000 points. Quand j’aurai fini ma carrière, je pense que je verrai que c’est quelque chose de spécial dont je serai fier.
Avez-vous conscience de rentrer dans l’histoire du club avec ce chiffre ?
Oui. Peu de joueurs ont passé cette barre symbolique ici. Ça veut dire que je suis un peu vieux maintenant (rires). C’est cool de pouvoir rester longtemps au club, de passer cette barre symbolique et de jouer le plus de match possible avec l’équipe.
Quels sont vos meilleurs souvenirs sous le maillot jaune et noir ?
Le meilleur souvenir, c’était la finale à Marseille lorsqu’on a remporté la première Champions Cup (en 2022). C’était une journée hyper spéciale pour nous. Surtout que l’année précédente, on avait perdu les deux finales contre Toulouse (Champions Cup et Top 14). Gagner à Marseille contre le Leinster où on était pas du tout favoris, c’est un super souvenir. Je me souviens aussi quand on est rentrés à l’aéroport à 5 h du matin. Il y avait du monde. On avait enchaîné avec la parade sur le Port, c’était génial.
À l’inverse, quels sont les moins bons ?
Je pense que c’est l’année 2021 où on perd les deux finales contre Toulouse, c’était dur. On faisait une superbe saison, mais quand tu arrives en finale et que tu ne fais pas un bon match, c’est très frustrant.
Quels sont les coéquipiers avec lesquels vous avez été le plus proche depuis votre arrivée en 2018 ?
En tant qu’étranger, c’est facile de se connecter avec des personnes qui sont aussi dans notre situation parce qu’on est loin de nos familles, de nos parents… Quand on est ici, on crée une sorte de famille avec ces joueurs-là. Je pense à Dillyn (Leyds), Will (Skelton), Uini (Atonio) et Lep’s (Botia) qui étaient déjà là quand je suis arrivé. Tawera (Kerr-Barlow) aussi. J’ai passé beaucoup de temps avec lui.
Comment s’était déroulée votre arrivée à La Rochelle ?
J’étais arrivé la semaine du match à domicile contre Grenoble. Il y avait une ambiance de fou, j’avais envie de jouer. La première saison, on était en Challenge Cup, on était arrivés jusqu’en finale face à Clermont (défaite 36-16) et on avait fait une demi-finale de Top 14 à Bordeaux contre Toulouse (défaite 20-6). J’avais joué 32 matchs. C’était une bonne manière de découvrir le rugby français. À l’époque, j’étais souvent avec Victor (Vito), Tawera (Kerr-Barlow) et Uini (Atonio) qui m’ont beaucoup aidé. Au début, c’était difficile parce que je ne parlais pas du tout français. D’avoir ces gars-là, ça m’a beaucoup aidé pour m’intégrer.
Vous étiez parti un an à Toulon avant de revenir ici, pouvez-vous nous rappeler comment s’était passé votre départ puis comment s’était déroulé votre retour en 2023 ?
Oui, c’était un peu bizarre. J’avais signé trois ans avec Toulon. Au bout de quelques semaines, ils avaient fait signer Dan Biggar (international gallois). Je n’ai pas beaucoup joué après son arrivée. J’ai participé au match des Barbarians et « ROG » (Ronan O’Gara) était le coach. Il y avait aussi beaucoup de Rochelais comme Dillyn (Leyds), Teddy (Thomas), Raymond (Rhule), Tawera (Kerr-Barlow), Antoine (Hastoy), Romain Sazy, Georges-Henri Colombe… Là, j’ai commencé à parler avec Ronan qui me disait : « Si tu veux revenir, on peut essayer de faire quelque chose ». Ils ont réussi à s’arranger avec Toulon et j’ai resigné ici. C’est comme si je n’étais jamais parti.
À titre individuel, on a souvent loué votre capacité à mener le jeu de l’équipe, mais vous avez été souvent critiqué pour votre réussite dans l’exercice du tir au but. Comment vous avez vécu tout cela ?
Au départ de ma carrière, ça m’affectait. Quand tu as moins d’expérience, tu lis beaucoup de choses et tu te dis, « c’est ça que les gens pensent de moi ? ». Aujourd’hui, je sais que les gens vont avoir des avis sur tout le monde. C’est quelque chose (les tirs au but) où je veux être plus régulier, je travaille chaque semaine là-dessus. Je veux faire mieux. Mais maintenant, les critiques, ça ne me dérange plus.
D’ailleurs, est-ce que le tir au but est un exercice que vous appréciez ?
Oui, j’aime faire ça, mais j’ai besoin d’être constant. Ça commence dans la semaine, ce n’est pas juste pendant le match. Si je travaille bien dans la semaine, ça me donne confiance pour le match. Je suis à un âge où je sais ce que je dois faire pour être en confiance. Après, il y a toujours les jours sans ça arrive à tout le monde.
Voyez-vous toujours un préparateur mental comme vous le faisiez auparavant ?
Non, pas toujours. J’utilise toujours les petits trucs qu’ils m’avaient donnés pour me donner de la confiance et être performant sur le terrain.
« C’est frustrant pour tout le monde »
Si on parle de la saison en cours, votre équipe est capable de produire de belles choses, mais elle est irrégulière. À titre personnel, comprenez-vous ce qui ne fonctionne pas ?
Si j’avais les raisons, on ne le ferait plus. C’est dur. Comme vous l’avez dit, on est capables de faire de gros matchs comme face à Toulon ou au Leinster malgré la défaite, mais on est aussi capables de faire de la « merde ». C’est frustrant pour tout le monde. Pour les joueurs, le staff, pour tout le club même. On travaille hyper dur pour trouver les solutions et avoir de la constance.
Comment jugez-vous votre début de saison ?
Je suis à l’image de l’équipe. J’ai fait de bons matchs en début de saison. Après, j’étais blessé. Je suis revenu puis je me suis reblessé. C’était bizarre. Le but, c’est d’être constant. Pas 10/10 à chaque match mais autour de 6 ou 7/10, pas moins que 5 en-tout-cas.
Vous venez d’avoir 34 ans, qu’est-ce que le Ihaia d’aujourd’hui a de plus que celui qui démarrait sa carrière en professionnel ?
L’expérience. Quand j’ai démarré ma carrière, j’entendais ce mot et je me disais : « Qu’est-ce que c’est ça ? ». Maintenant, je comprends vraiment ce que ça représente. À force de jouer, tu apprends des choses. Tu te confrontes à différents scénarios. Tu es aussi capable de savoir quand tu as été bon ou pas, tout devient plus simple.
Est-ce que la question de votre avenir a été tranchée ?
Non, je suis toujours dans la même position. Je veux rester mais je sais qu’il y a beaucoup de choses qui vont se passer dans le club. On verra, j’espère bientôt.