Olivier Falorni revient sur son histoire personnelle avec la ville et son attachement à celle-ci, tout en évoquant ses combats politiques, son élection comme maire de La Rochelle en mars dernier ainsi que ses ambitions pour les années à venir pour le dernier épisode de notre série « Les portraits de l’été ».
Vous êtes né à Rochefort, vous avez passé une grande partie de votre vie autour du territoire rochelais. Quels sont vos premiers souvenirs avec cette région ?
D’abord, si je suis né à Rochefort, c’est vraiment le fruit du hasard : j’ai voulu venir au monde plus tôt que prévu. Ma mère a accouché à Rochefort alors que nous vivions à La Rochelle. Mes premiers souvenirs ? C’est difficile à dire. Je crois que mon premier souvenir, c’est une balade dans le parc Kennedy avec ma mère, dans les jeux à côté de la résidence Lincoln où j’habitais, parce que je suis un enfant de Mireuil. J’ai passé toute mon enfance à Mireuil.
Vos parents étaient-ils originaires de Charente-Maritime ?
Mon père est né à La Rochelle, ma mère est née en Corrèze. Mes arrière-grands-parents paternels étaient Italiens, mais mon père est né à La Rochelle. Du côté de ma famille maternelle, tout le monde vient de la Corrèze.
Quel lien entretenez-vous avec votre grand-père Gino Falorni, un ancien basketteur qui a laissé une trace importante dans la vie rochelaise ?
Il m’a aussi beaucoup marqué à titre personnel. C’est quelqu’un qui a été très inspirant pour moi. D’abord parce qu’il m’a toujours enseigné la méritocratie républicaine, comme on dit. C’est-à-dire que c’est quelqu’un qui est « le produit » de l’intégration républicaine et qui est devenu instituteur. C’était effectivement un sportif de très haut niveau. Surtout, il avait le goût de la transmission. Il était un peu comme Arnaud Elissalde au rugby. C’est-à-dire quelqu’un qui pensait que la compétition passait après la formation et que la formation était la condition de la compétition. Il a amené le club de Rupella au plus haut niveau, car il était parmi les quatre ou cinq meilleurs clubs de France.
Comment expliquez-vous votre attachement à cette ville de La Rochelle ?
J’y ai toujours vécu, ou plus exactement, lorsque les circonstances personnelles m’ont amené à la quitter provisoirement pour mes études, car j’ai dû faire mes études à Bordeaux. À l’époque, l’Université de La Rochelle n’existait pas encore. Ou alors à cause de ma vie professionnelle. En réfléchissant, je crois que je n’ai pas passé deux mois sans revenir à La Rochelle. J’avais toujours le besoin viscéral de revenir. Ce n’est pas ma ville de cœur, c’est ma ville tout court.
Vous avez exercé le métier d’enseignant. Qu’est-ce qui vous a guidé vers cette profession ?
Je crois qu’il y a eu une grande influence de mon grand-père, ce goût de la transmission dont je parlais. Je croisais souvent des anciens élèves quand j’allais avec lui sur le marché. Ces anciens élèves venaient le voir, souvent, en lui disant : « Vous avez changé ma vie, merci. » Et je me disais : « Qu’y a-t-il de plus beau comme reconnaissance que d’entendre un ancien élève vous dire : vous avez changé ma vie ? » Cela a sûrement influencé mon choix d’être enseignant, de pouvoir changer la vie, ou à défaut de changer la vie des gens, de contribuer à leur donner un cap, une orientation, les aider, et puis aussi la passion de l’histoire. J’ai toujours été passionné d’histoire. Le fait de transmettre cette passion était quelque chose d’important pour moi.
Pendant combien de temps avez-vous été enseignant ?
J’ai été enseignant pendant une bonne quinzaine d’années. J’ai fait une bonne partie de ma carrière au lycée Doriole. Aujourd’hui, pour le coup, le lycée Doriole est un lycée mixte comme tout lycée public, mais où il y avait quand même beaucoup de filles, car c’est un établissement professionnel tertiaire. Aujourd’hui, à la fois, je prends un petit coup de vieux quand je croise mes anciennes élèves parce qu’elles sont souvent devenues mamans, mais aussi, et c’est ce qui me fait plaisir, elles sont intégrées dans le monde professionnel, intégrées tout court. Et puis, ce qui me fait encore plus plaisir, comme l’entendait autrefois mon grand-père, certaines élèves me disent : « Merci pour ce que vous avez fait pour moi et de nous avoir donné confiance. » Je crois que le rôle d’un enseignant, c’est aussi de donner confiance parce que, quand on est adolescent, on a, et c’est normal, peu confiance en soi.
Au fil des années, qu’est-ce qui a changé et qu’est-ce qui est resté intact dans cette ville de La Rochelle selon vous ?
Ce qui a changé, et d’ailleurs ça a été une très bonne chose, je crois que ça a été la plus grande décision de Michel Crépeau (ancien maire de La Rochelle entre 1971 et 1999, Ndlr) lorsqu’il a voulu l’université de La Rochelle. Moi-même, j’ai été la dernière génération qui n’a pas pu bénéficier de cette chance-là, j’ai dû aller à Bordeaux faire mes études. Il a imposé la création d’une université. Il y a une anecdote qui est fameuse. On refusait à La Rochelle une université parce que Poitiers ne voulait pas de concurrence et puis Michel Crépeau accueille alors un sommet franco-allemand à La Rochelle. Il y a François Mitterrand, il y a aussi Helmut Kohl (ancien chancelier allemand). Deux personnalités immenses de la vie politique. Et puis, il décide, sur un énorme coup de bluff, de leur faire poser la première pierre d’une université qui n’était pas encore créée. Et après la pose de cette première pierre, il ne pouvait faire marche arrière parce que quand vous avez François Mitterrand et Helmut Kohl qui posent une première pierre, vous pouvez être rassuré sur le fait que les autres pierres suivront (sourire). C’était un formidable coup politique, mais c’était surtout une décision majeure puisque La Rochelle aurait pu devenir une ville vieillissante, qui s’endort.
Ce qui est resté, et c’est ce que je considère aussi comme ma mission, c’est-à-dire une ville singulière, une ville qui n’est pas comme les autres, qui a une âme, une histoire, un patrimoine. C’est une ville de résilience, de résistance. Tout cela doit imprégner fortement l’identité de La Rochelle et ça, j’y suis attaché. Je résume l’objectif de mon mandat en une formule, qui n’est pas qu’une formule : « Soyez ses racines et déployez ses ailes. » C’est-à-dire protéger son patrimoine, assumer et assurer son identité. Déployer ses ailes, eh bien, c’est faire en sorte que La Rochelle ait toujours un temps d’avance et aille toujours plus loin parce que notre ville, c’est un port. Beaucoup de gens sont venus, beaucoup de gens vont venir encore et puis nous regardons naturellement vers l’océan, vers les autres. C’est ça, La Rochelle : des racines et des ailes.
Quels sont vos endroits préférés à La Rochelle ?
Si je devais évoquer des lieux, ce sont peut-être des lieux qui sont liés à l’enfance. Finalement, on revient toujours un peu aux sources de sa jeunesse. Moi, il y a un lieu qui me plaît beaucoup et qui est méconnu, c’est la cité Migeon à La Pallice. C’est là où j’ai appris à marcher, dans les deux sens du terme. Au sens propre, parce que j’étais gamin et j’ai vraiment appris à marcher là-bas. Et puis quelque part, à marcher droit : ce sont des ruelles droites, d’une petite cité ouvrière. Et pourquoi la cité Migeon ? Parce que mes arrière-grands-parents travaillaient à la filature de La Pallice et ils étaient logés dans cette petite cité ouvrière qui existe encore, qui est classée. Ça fait partie de notre territoire. On connaît l’hôtel de Ville, on connaît les tours de La Rochelle, mais la cité Migeon, c’est aussi un élément de notre patrimoine. Quand j’y retourne, ça crée chez moi une nostalgie, une émotion et j’aime bien ce lieu, entre autres. Il y a plein de lieux que j’apprécie beaucoup.
Quand avez-vous décidé de basculer vers le monde politique ?
C’est difficile à dire. Il n’y a pas un moment précis. Peut-être lorsque je suis entré, non pas par hasard mais par curiosité, dans la salle de l’Oratoire. C’était au moment des élections municipales de 1995. J’étais allé écouter, par curiosité, un meeting de Michel Crépeau. Quand j’ai entendu cet homme, j’ai été époustouflé, à la fois par le talent oratoire, par l’énergie qu’il mettait, l’amour pour sa ville qu’il transmettait. Je me suis dit : « Ah, c’est beau, l’engagement public. » D’arriver à susciter un tel enthousiasme, une telle énergie, je pense que ça a peut-être été un déclic, là où je me suis dit que c’était le moment d’être l’un des acteurs.
Quelle est l’expérience qui vous a le plus fait grandir ?
Difficile à dire. Les moments qui font grandir sont les moments un peu difficiles. Je serais tenté de citer deux moments. Le premier, c’est en 2012, lorsque je décide de me présenter contre Ségolène Royal, qui s’était littéralement imposée à La Rochelle, contre toutes les règles du Parti socialiste dont j’étais membre, en faisant annuler un vote qui devait choisir le candidat. J’ai eu à subir des pressions très fortes pour me retirer. Quand vous êtes un jeune élu, j’étais encore assez nouveau dans la vie politique, et que vous recevez des pressions de la part du Président de la République (François Hollande à cette époque, Ndlr), du Premier ministre (Manuel Valls), de la première secrétaire du Parti socialiste, de nombreux responsables politiques qui vous disent toutes et tous : « Nous t’imposons de te retirer », il faut tenir bon. Ça forge le caractère, j’ai tenu bon, je n’ai pas cédé et oui, ça m’a sans doute fait grandir.
Et puis, il y a un autre moment où j’étais beaucoup plus expérimenté, beaucoup plus rodé, mais que je n’ai pas vu venir. En 2024, nous étions alors à une semaine du vote final en première lecture sur le texte que je porte sur la fin de vie. Ma valise était prête, c’était un dimanche soir, un soir d’élection européenne. Je suis devant ma télé et j’entends Emmanuel Macron annoncer la dissolution. Ce n’était pas tant le fait d’avoir à faire à une nouvelle élection, j’y étais prêt. Quand on fait de la politique, les élections, ça ne doit pas faire peur. En revanche, en prononçant le mot « dissolution », il dissolvait aussi le texte que je portais sur la fin de vie. J’ai compris en 30 secondes qu’il fallait tout refaire, tout reprendre à zéro. Là, j’ai eu deux minutes de sidération et puis je me suis dit : « On va tout reprendre de zéro, tout recommencer. » On a recommencé et on a abouti.
Votre défaite lors de l’élection municipale de 2020 ne fait pas partie de ces moments difficiles ?
Non, parce que finalement, il y a des choses qu’on ne maîtrise pas. Cette élection, elle a été en partie tronquée parce que le Covid a tout changé, tout modifié. L’élection s’est faite dans des conditions anormales, totalement anormales. En politique, comme dans la vie, on gagne, on perd. Je connaissais la phrase de (Nelson) Mandela : « Je ne perds jamais. Soit je gagne, soit j’apprends. » Mais là, en l’occurrence, c’était une élection vraiment très étrange. (…) Si je dois tirer un élément de 2020, c’est que rien n’est prévisible. Il faut s’attendre à tout, parfois des événements vous arrivent : le Covid pour l’élection municipale, la dissolution pour le texte sur la fin de vie. Il faut s’adapter aux événements.
Quelle est l’expérience qui vous a le plus marqué ?
C’est ma dernière intervention à l’Assemblée nationale il y a quelques semaines. Je tenais absolument à être présent dans l’hémicycle pour la deuxième lecture du texte de loi sur la fin de vie qui, dans un processus parlementaire, est décisive. La première lecture installe un texte, la deuxième lecture le conforte, ou pas. Là, ça l’a conforté. Il y a aussi eu une troisième lecture qui a juste été une confirmation.
Des personnes ont-elles compté particulièrement dans tout ce parcours ?
Il y a deux personnalités politiques qui m’ont beaucoup influencé. Michel Crépeau, évidemment, là, ce serait plutôt en tant que maire. En tant que parlementaire, c’est Henri Caillavet. Un sénateur, malheureusement assez peu connu, quelqu’un qui a porté des réformes sociétales majeures, qui a été le premier, d’ailleurs, à déposer une proposition de loi sur la fin de vie en 1978, je n’avais même pas six ans. Il a défendu des textes sur le divorce par consentement mutuel. Vous vous rendez compte, c’était quelque chose qui n’était même pas une évidence. Il a été le rapporteur sur la loi de l’IVG (interruption volontaire de grossesse) au Sénat, la loi Veil. Et donc, j’ai rencontré cet homme. C’est lui qui m’a éveillé, notamment, à la question de la fin de vie, sur les évolutions sociétales.
Vous avez été élu maire de La Rochelle le 22 mars dernier, que représente cette fonction pour vous ?
Mon mandat de député, je l’ai mené avec la conviction que si je voulais être utile, parce que c’est le but d’un engagement politique selon moi, moi, j’ai voulu me saisir de grandes causes. Celle de la cause animale, sur la question de la fin de vie. Et donc, ça a motivé mon engagement. Au bout de 14 ans, je sentais, et notamment avec l’aboutissement de la loi sur la fin de vie, que je risquais de m’essouffler dans cet engagement parlementaire. Et puis il y avait une élection municipale qui s’annonçait. Comme je l’ai dit, ma candidature dépendait de la possibilité de pouvoir porter le texte en février, avant les élections municipales, ce qui a été possible. Et puis, c’était la possibilité de passer vers un mandat un peu « plus concret », un mandat du quotidien. Et puis, je vous l’ai dit, La Rochelle, ce n’est pas ma ville de cœur, c’est ma ville tout court. C’est notre ville à toutes et à tous et je me suis dit que, quand on est rochelais, qu’y a-t-il de plus beau que de servir sa ville, ses habitants en tant que maire et de changer, dans la mesure du possible, leur quotidien.
Y a-t-il un projet que vous aimeriez absolument voir aboutir durant ce mandat ?
Oui, j’ai un projet dont je sais qu’il n’aboutira pas au cours de ce mandat, mais qui est essentiel. Vous savez, la question de la santé est une question majeure. C’est l’un des deux grands sujets de préoccupation au quotidien, avec la sécurité. Il y a la nécessité d’avoir un nouvel et grand hôpital du XXIe siècle sur notre territoire. Il ne sera pas inauguré durant ce mandat. Simplement, ce que je souhaite, c’est que le processus de construction de ce nouvel hôpital puisse être lancé durant ce mandat et qu’il puisse finalement aboutir et être mis en service dans dix ou douze ans.






