Municipales à La Rochelle : le suspense avant le premier tour

Ce dimanche 15 mars, La Rochelle vote pour le premier tour des municipales. Avec plus de 5 000 électeurs supplémentaires par rapport à 2020 et aucun sondage pour orienter les projections, le suspense est entier sur l’issue de ce scrutin et sur le successeur du maire sortant, Thibaut Guiraud.

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L'hôtel de ville de La Rochelle | TL - INF la Rochelle

Ce dimanche 15 mars, les électeurs de La Rochelle se rendent aux urnes pour le premier tour des élections municipales. Avec plus de 5 000 votants supplémentaires par rapport à 2020, la participation dépassera sans aucun doute celle du précédent scrutin, comme nous l’avions indiqué dans notre article du 10 mars. Reste à savoir à qui profitera cette hausse et qui succédera au maire sortant, Thibaut Guiraud. Pour la première fois depuis 2014, aucun sondage n’a été réalisé à La Rochelle, laissant planer le doute sur l’issue de cette soirée électorale.

Le scrutin s’annonce particulièrement ouvert, notamment à gauche où cinq listes sont en lice. La liste « La Rochelle Unie », menée par Maryline Simoné et soutenue par le Parti socialiste, les communistes et les écologistes, affrontera « Générations La Rochelle », conduite par le maire sortant Thibaut Guiraud. Le député Olivier Falorni mène de son côté la liste « Pour les Rochelais et Rochelaises ». Véronique Bonnet porte la liste « La Rochelle Insoumise et Populaire », tandis qu’Antoine Collin conduit la liste de Lutte ouvrière.

Face à ces candidatures, Christophe Batcabe mène la liste « Une vision pour La Rochelle ». S’il revendique une candidature citoyenne et apolitique, sa liste est généralement classée divers droite. Enfin, la députée européenne du Rassemblement national, Séverine Werbrouck, conduit la liste « Rassemblement La Rochelle».

Guiraud, l'héritier de Fountaine face à Falorni

Maintenant les présentations faites, il peut être compliqué pour les électeurs, notamment à gauche, de faire un choix parmi le nombre de listes en lice. À commencer par celle du maire sortant, Thibaut Guiraud, qui a pris le relais après la démission de Jean-François Fountaine en juin dernier. L’objectif de ce dernier, qui ne se représentait pas, était de populariser son dauphin et de créer un obstacle à l’élection d’Olivier Falorni. Pendant six mois, le premier magistrat a bénéficié des moyens de la municipalité pour se faire connaître, une opération qui semble avoir porté ses fruits. Il a également multiplié les coups de communication durant son court mandat et sa campagne, à l’image des planchas installées dans chaque quartier.

Thibaut Guiraud a dû relever un défi supplémentaire : se démarquer de l’ombre de Jean-François Fountaine tout en défendant un mandat qui comptait à la fois des réussites et des échecs, comme le chantier Marcel Paul. Autre point marquant de sa liste : le choix de personnalités locales. Thibaut Guiraud a misé sur des figures connues, comme le capitaine du Stade Rochelais Basket, Gaëtan Clerc, le médaillé olympique Jonathan Lambert, ou encore le directeur général adjoint des Francofolies, Frédéric Charpail.

De l’autre côté, le député de la 1ᵉ circonscription, Olivier Falorni, sort d’un exercice parlementaire remarqué à l’Assemblée nationale, notamment pour son rôle dans le vote du texte sur l’aide à mourir et la fin de vie dont il était le rapporteur général. Soutenu par Place Publique et Bernard Cazeneuve, avec son mouvement La Convention, l’homme politique, dont la liste est classée divers gauche, semble s’être remis de sa défaite de 2020 face à Jean-François Fountaine à près de 200 voix et apparaît comme le favori pour le fauteuil de maire.

Au niveau local, ses soutiens, notamment le groupe d’opposition « Le Renouveau », ont continué de le représenter et de défendre ses positions au conseil municipal, qu’il avait quitté après sa défaite. Sur des sujets comme la sécurité, le commerce ou l’accessibilité du centre-ville, Olivier Falorni n’a pas manqué de critiques envers la majorité sortante et souhaite « régler tous les gros dossiers totalement mal gérés par le tandem Fountaine/Guiraud », comme il l’indiquait récemment.

Qui choisir à gauche ?

A La Rochelle comme dans de nombreuses villes en France, la gauche s’est quasiment unie dans sa totalité. Le Parti Socialiste, les écologistes et les communistes ont trouvé un accord après de longues négociations, avec près de 50 % de personnes issues du monde citoyen et non politique, incarnées notamment par le collectif de l’Assemblée Citoyenne. La liste est conduite par la socialiste Maryline Simoné, bien connue dans le monde politique rochelais mais moins dans l’espace public. Ancienne conseillère municipale et vice-présidente de la région Poitou-Charentes, elle a réussi à fédérer les différentes composantes de la gauche, à l’exception de La France Insoumise. Le binôme à la tête de la liste est partagé avec l’écologiste Jean-Marc Soubeste, chargé de viser la présidence de la communauté d’agglomération, un défi compliqué qui nécessitera de collaborer avec les nouveaux élus des 27 communes de l’agglomération.

La liste Lutte Ouvrière, menée par Antoine Colin, se concentre sur des sujets nationaux qu’elle décline parfois au niveau local, avec pour principal objectif de faire passer son message, comme à chaque élection.

De son côté, la liste Insoumise avait été initialement menée par Nino Salaün avant que Véronique Bonnet ne reprenne la tête pour des questions de parité. Prévue dans un premier temps pour rejoindre l’union de la gauche, la liste a finalement quitté les négociations, refusant une tête de liste socialiste et certaines propositions jugées inadaptées. Avec un programme axé sur la jeunesse, la justice sociale et la lutte contre la pauvreté, incluant de nombreuses mesures de gratuité comme les transports en commun, la liste Insoumise espère dépasser les 10 % et se qualifier pour le second tour.

Une question reste cependant ouverte : la liste Insoumise fusionnera-t-elle avec celle de La Rochelle Unie au second tour pour gagner des voix, ou l’union de la gauche se présentera-t-elle seule ? Une autre option avait circulé, celle d’une fusion entre la liste de Maryline Simoné et celle de Thibaut Guiraud, mais elle semble aujourd’hui peu probable au vu des dernières déclarations des deux camps.

La campagne discrète du Rassemblement National


De l’autre côté de l’échiquier politique, Christophe Batcabe, tête de liste « Une vision pour La Rochelle », se déclare apolitique malgré son classement « Divers droite » par les autorités. Souhaitant incarner une liste « citoyenne et apartisane », il a mené une campagne remarquée, notamment sur les réseaux sociaux, avec une stratégie efficace : de nombreuses vidéos et surtout des réponses à chacun des commentaires, créant une proximité réelle avec les électeurs.

Avec des projets phares comme le RER urbain, l’Arena ou la création d’un poste d’adjoint à l’optimisation des dépenses municipales, le candidat espère séduire une large partie de l’électorat du centre et de la droite, notamment les jeunes, très présents sur sa liste. La question d’une éventuelle alliance se pose également pour le soir du premier tour : sa liste fusionnera-t-elle avec celle d’Olivier Falorni, comme le suggèrent certains de leurs adversaires ? Pour l’instant, aucun des deux camps n’envisage cette option avant la publication des résultats.

Enfin, la liste « Rassemblement La Rochelle » a mené une campagne relativement discrète. Malgré un affichage important en fin de campagne, Séverine Werbrouck, tête de liste et députée européenne, n’a organisé aucune réunion publique. La liste compte cependant sur la dynamique nationale du Rassemblement National et les bons scores des dernières élections législatives à La Rochelle, avec près de 22 % au second tour. Elle espère désormais dépasser les 10 % et obtenir ainsi son premier siège au conseil municipal.

Pour rappel, les candidats ont jusqu’à minuit ce vendredi pour faire campagne. Passé ce délai, la loi interdit toute communication sur les listes jusqu’au dimanche soir à 20 h, heure de publication des résultats. La journée électorale et les scores seront à suivre en direct sur le site INF la Rochelle et ses réseaux sociaux.