Entretien. Olivier Prentout, adjoint aux mobilités urbaines, a annoncé à « INF La Rochelle » qu’il ne rejoindra aucune liste pour les élections municipales. Il revient sur ses six années de mandat au sein de la majorité municipale, de la politique d’aménagement qui n’a pas toujours fait l’unanimité jusqu’à la défense du vélo en ville.
Pouvez-vous nous expliquer les raisons pour lesquelles vous ne repartez pas en 2026 ?
Olivier Prentout : « Pour moi, c’était une formidable opportunité, parce que je revenais de loin : j’étais 29e de liste en 2020. Et je sais que, quelque part, si la liste Fountaine avait fusionné avec une autre en 2020, peut-être que je n’aurais pas été au second tour et, assurément, je n’aurais pas eu la délégation à laquelle j’ai eu accès, que je voulais […] C’est une délégation un peu “boîte à claques”. Elle m’intéressait, elle m’intéresse toujours beaucoup. Donc, à un moment donné, moi, je suis chef d’entreprise à côté : j’ai une boîte, on est 20. J’ai une superbe équipe qui a su s’organiser pour avoir un patron présent un jour par semaine à peu près pendant six ans. Je ne pense pas qu’il soit déconnant de faire une pause […] L’humilité impose de dire que, en fait, je pense que certaines personnes ont pu se dire : “Tiens, Olivier, ça pourrait être bien de l’avoir sur la liste.” Mais est-ce que forcément il va nous rapporter des voix ? Je ne sais pas. Est-ce que moi, j’ai la conviction qu’il y a une majorité de Rochelais qui apprécient le travail qui a été réalisé, avec une certaine immodestie ? Je le pense. Maintenant, il faut certainement laisser les choses s’apaiser, redescendre. »
Est-ce que cela signifie un arrêt définitif de la politique pour vous ?
Olivier Prentout : « Moi, ça m’intéresse beaucoup. Donc je reviendrai. Il y a plusieurs élections différentes devant nous. Donc est-ce que j’ai encore envie de faire de la politique ? La réponse est oui. Est-ce qu’une pause me fera du bien personnellement ? La réponse est oui aussi. Donc on verra. »
Comment vous sentez-vous vis-à-vis de la majorité municipale et du maire, Thibaut Guiraud, et du fait qu’il ne vous reprenne pas ?
Olivier Prentout : « Moi, je pense que j’ai marqué une petite prise de distance, honnêtement, à partir du mois de juin, quand Thibaut a émis l’idée que le plan de circulation et la mobilité pourraient être un petit levier d’ajustement. J’ai trouvé que c’était dommage. Après, le maire, c’est le maire, c’est le patron, et je suis très respectueux de la hiérarchie. […] Il fait ses choix-là, ce qui, à mon avis, n’empêchera pas qu’il portera tous les grands projets qui sont dans les tiroirs et qui peuvent continuer derrière. […] Je me suis beaucoup investi dans le fonctionnement de notre équipe, notamment aux côtés de Christophe Bertaud, avec qui j’ai développé une grande complicité à partir de 2023. Très honnêtement, c’était une déception, avec tout le respect que j’ai pour Thibaut, que ce ne soit pas Christophe qui ait été élu au moment de la démission de Jean-François. […] J’avais déjà la conviction que le positionnement de l’équipe à laquelle j’appartenais, où j’avais trouvé ma place, ne serait pas forcément évident à retrouver ailleurs. Je crois que je suis quelqu’un qui, parce que je pense, par mon métier au quotidien, être chef d’entreprise, a un ancrage de départ plutôt centre droit. Par contre, je suis très motivé par des thématiques d’aménagement territorial et d’aménagement local qui penchent vers l’écologie urbaine. Je suis un peu trop écolo pour pas mal de gens du centre et, assurément, de la droite. Et je ne suis pas assez à gauche pour un certain nombre de personnes plus à gauche. »
Avez-vous l’impression d’avoir tout réalisé, tout ce qui avait été dit en campagne, et même tout ce qui avait été décidé durant ce mandat ?
Olivier Prentout : « Il y a toujours quelques petites frustrations, certaines que j’entends tout à fait à l’heure actuelle, notamment sur la poursuite de l’accessibilité de la ville pour les piétons et les personnes à mobilité réduite […] Il ne faut pas oublier qu’entre 2020 et 2023-2024, on a bénéficié, sur les aménagements publics en faveur du vélo, de taux de subvention et de refinancement par l’État, via des programmes de certificats d’économie d’énergie très importants. Il faut donc profiter des opportunités quand on peut trouver de l’argent ailleurs pour financer des projets d’aménagement. On n’a pas tout fait non plus sur le sujet. J’ai évoqué quelques endroits qui restent des points d’enjeux significatifs, où il y a encore beaucoup de flou pour les cyclistes. Mais on est sur un territoire fabuleux pour ça. Dans sa plus grande longueur, la ville de La Rochelle fait 14 kilomètres. On a 65 % des habitants de l’ensemble de l’agglomération — soit 130 000 habitants sur 180 000 — qui habitent à moins de 9 kilomètres du Vieux-Port, avec La Rochelle et sa première couronne. On peut traverser La Rochelle en 20 minutes à vélo. Donc le vélo, a fortiori avec l’assistance électrique, qui ne contraint pas l’usager à des efforts musculaires importants ou à être en sueur, transforme profondément le rapport à l’espace public et aux mobilités dans une ville, même s’il reste encore du chemin. »
Vous avez eu une délégation qui a fait beaucoup parler ces six dernières années, avec les 14 stops de Fétilly, la rue Marius Lacroix ou encore la piétonnisation du centre-ville. Comment avez-vous vécu tout cela, et notamment ces nombreuses polémiques ?
Olivier Prentout : « Quand j’avais demandé cette délégation en 2020, au-delà de l’intérêt technique pour le sujet et du plan politique, il y avait le contact avec les usagers, avec le terrain. Tout le monde a un avis sur le trottoir sur lequel il marche, sur la rue sur laquelle il roule ou se déplace. C’est une des délégations les plus fascinantes, les plus en contact avec le public, et qui, forcément, crée du débat. Parfois, le débat devient polémique, mais, en tout état de cause, il crée un débat passionnant. Quel regard je porte sur les transformations ? Monsieur le maire, Jean-François Fountaine, dans le “contrat que l’on tient”, s’est véritablement engagé. Je le remercie de m’avoir soutenu, même en me demandant parfois de produire deux, trois, quatre fois plus de travail que certains de mes collègues pour défendre des dossiers sur lesquels, dans nos réunions de majorité, j’ai dû revenir plusieurs fois, lorsque certains élus doutaient de la perception qu’auraient les administrés sur des projets comme le réaménagement de la rue de Périgny, de l’avenue du Cimetière ou de la rue Marius Lacroix […] On est sur des sujets qui entraînent une transformation profonde des usages. L’immense majorité des habitants, au regard de la démographie de notre ville, ont passé le permis de conduire avant 2010, avec des habitudes bien ancrées. Il est donc normal qu’il faille cinq, dix, voire quinze ans pour que cela change en profondeur. »
Vous avez été un grand combattant pour la protection des vélos sur l’espace public : est-ce que c’est un débat réussi pour vous ?
Olivier Prentout : « Imaginez-vous qu’en fait, j’ai commencé le mandat sans avoir du tout les mêmes convictions qu’aujourd’hui quant à la nécessité de faire des pistes cyclables absolument séparées du flux automobile. Je croyais profondément et je crois toujours dans un monde idéal, à une ville vraiment apaisée, dans laquelle on peut coexister. Je dis ça parce que, déjà, on n’a pas toujours la place, à certains endroits, d’aménager des flux de circulation séparés pour l’ensemble des modes de mobilité. D’autre part, un des débats sulfureux du moment concerne la cohabitation entre les nouvelles mobilités et les piétons, mais ce sont souvent des sujets lancés de manière polémique par des gens qui ont plus souvent le cul dans leur voiture que réellement à pied. Contrairement à une voiture, les vélos ne tuent pas les piétons. Ça peut chahuter, et ce n’est pas bien : il faut sanctionner les comportements dangereux. Mais ça ne tue pas les piétons, ni les autres cyclistes — ou extrêmement rarement. […] Il y a les aménagements cyclables et la transformation de la ville […] La multiplication des zones de rencontre limitées à 20 km/h et la généralisation du 30 km/h, même si l’on sait que ça ne roule pas toujours à 30 km/h partout, a permis de faire baisser la vitesse moyenne de 42 à environ 36 km/h. C’est moins de danger, etc. Bref, c’est tout un système. »
Mission accomplie pour vous, donc, après ces six années de mandat ?
Olivier Prentout : « De mon point de vue, oui, le contrat est rempli. Enfin, le contrat que j’avais signé, que j’avais proposé à Jean-François Fountaine en 2020, est rempli. »