Les agriculteurs de la Coordination Rurale ont de nouveau manifesté à La Rochelle en début de semaine. Après avoir brièvement bloqué la rocade, les membres du syndicat ont ensuite paralysé le dépôt pétrolier de La Pallice pendant plus d’une journée, avant d’être délogés par les forces de l’ordre.
Il est 4h ce lundi matin lorsque plusieurs dizaines de tracteurs investissent par surprise la rocade de La Rochelle. Initialement prévue quelques centaines de mètres plus loin, au niveau des dépôts pétroliers de La Pallice, l’action avait été annoncée par les membres de la Coordination Rurale sur leurs réseaux sociaux quelques heures plus tôt, dimanche soir.
Venus de Charente-Maritime, mais aussi de Vendée et des Deux-Sèvres, les agriculteurs et leurs engins rallient finalement en début de matinée la rue Béthencourt, où se situent les dépôts pétroliers, paralysant la circulation de nombreux camions-citernes venus s’approvisionner en carburant.
« On bloque tout, je sais, mais comment se faire entendre ? Les gars, je ne peux plus les retenir, ils sont au bout du rouleau », déplore Stéphane Palissier, viticulteur et co-président de la Coordination Rurale dans le département. Comme en décembre, les agriculteurs dénoncent un manque de trésorerie, mais aussi les taxes sur les engrais, le registre phytosanitaire ainsi que la demande d’un allègement des contrôles dans les exploitations.
"On veut marquer le coup"
Pourtant, depuis le blocage de la RN11, au bout du boulevard Sautel, il y a quelques semaines, la situation ne semble pas s’être améliorée, explique Stéphane Palissier. Il cite notamment la trésorerie, au plus bas en ce début d’année pour de nombreuses exploitations. « On veut marquer le coup, l’État fait la sourde oreille […] On veut continuer à mettre la pression », souffle l’autre co-président du syndicat, Hubert Ellie, exploitant à Saint-Sorlin-de-Conac.
Rapidement, un camp s’est formé au nord de la rue, tandis que le sud est bloqué par un important barrage composé de barbelés, de bois et de divers détritus déversés par des bennes. Un campement, comprenant notamment une structure en paille, est installé, tandis que les différentes entrées du dépôt pétrolier sont bloquées. « L’objectif est de tenir le plus longtemps possible et de se faire entendre », affirme Hubert Ellie.
Pourtant, dès lundi matin, la Coordination Rurale indique avoir reçu des menaces de verbalisation des engins en cas de maintien du blocage, une mesure qui ne sera finalement pas appliquée. Sur place, l’ambiance reste bon enfant : les agriculteurs échangent avec les habitants du secteur, venus les soutenir en apportant de la nourriture ou simplement quelques mots d’encouragement. De leur côté, les policiers passent régulièrement prendre des nouvelles, même si Hubert Ellie assure que l’affrontement ne sera pas recherché et qu’ils ne sont « pas des voyous ».
Une opération péage gratuit
Dans l’après-midi, deux groupes se dirigent respectivement vers la rocade et le péage du pont de l’île de Ré. Tandis que le premier mène une opération escargot avec quelques tracteurs, le second organise une opération « péage gratuit » en levant les barrières sur une voie en direction de l’île de Ré, récoltant de nombreux coups de klaxon et messages de soutien de la part des usagers.
Les agriculteurs, qui dénoncent un « manque de réponses » de la part de l’État, reçoivent ensuite la visite du préfet. Ce dernier avait auparavant longuement échangé avec les membres de la FNSEA et des Jeunes Agriculteurs devant la préfecture, où un camp avait été installé.
Malgré plusieurs dizaines de minutes d’échanges, en présence du directeur de la DDTM, les arguments avancés ne convainquent pas les agriculteurs, sommés de quitter le camp dès le soir même sous la menace d’un déblocage. Après négociation, un départ est finalement repoussé au lendemain matin.
Un départ dans le calme
Alors que certains ont parcouru jusqu’à cinq heures de route depuis le sud du département, la base refuse dans un premier temps de quitter les lieux. Au petit matin, il ne reste plus que quelques tracteurs et une vingtaine de membres de la Coordination Rurale, dont Hubert Ellie, qui assure qu’ils iront « au bout », jusqu’à l’arrivée des CRS.
Finalement, c’est la CRS 19 qui intervient vers 8h30, au sud de la rue Béthencourt. Une intervention inhabituelle, tant il est rare de voir une compagnie de CRS déployée dans son propre département. Une compagnie de gendarmerie mobile est également présente à proximité des lieux, dissimulée derrière un mur. Les forces de l’ordre procèdent rapidement au déblaiement du barrage à l’aide de deux tractopelles de la Ville de La Rochelle, permettant ainsi aux camions-citernes de reprendre leurs rotations pour approvisionner les stations-service. Dans le département, plusieurs d’entre elles commençaient à afficher des pénuries sur certains types de carburant.
Quelques minutes plus tard, les forces de l’ordre avancent jusqu’aux abords du camp afin de sécuriser l’approvisionnement. En présence du directeur de cabinet de la préfecture, Raphaël Farges, de la directrice interdépartementale de la police nationale, Myriam Akkari, et de son adjoint Anthony Touzet, les agriculteurs demandent à pouvoir partager un dernier repas avant de repartir vers leurs exploitations, une requête finalement acceptée. « On aura le temps de griller les saucisses », glisse l’un des bonnets jaunes de la Coordination Rurale.
Peu après 14 heures, le blocage est levé dans le calme et les agriculteurs quittent les lieux. Les services municipaux prennent alors le relais, démantelant la maison de paille et évacuant les nombreux pneus disposés sur la chaussée.
Pour les deux co-présidents de la Coordination Rurale, « la colère est montée d’un cran » avec l’intervention des forces de l’ordre et les actions sont loin d’être terminées. Si l’heure est désormais au retour dans les fermes et au travail quotidien, le malaise agricole semble toutefois s’installer durablement. Un sentiment partagé y compris par les plus jeunes, comme le redoute Stéphane Palissier : nombre d’entre eux, présents sur le blocage, s’interrogent sur leur capacité à maintenir leur activité dans les prochaines années.