Après une première tentative de blocage ce lundi, l’ensemble des pôles de La Rochelle Université a été bloqué ce mardi matin, à l’exception de l’IUT. Face à la situation, son président, Gérard Blanchard, a annoncé la fermeture de l’établissement jusqu’à nouvel ordre ainsi qu’un probable ajustement de la notation notamment au niveau du contrôle continu.
Après une première tentative qui n’avait pas abouti, l’université de La Rochelle était bloquée ce mardi matin dans l’ensemble de ses pôles, à l’exception de l’IUT. Comme avant les vacances, les étudiants expriment leur « ras-le-bol » face à la situation, avec des revendications locales qui rejoignent aussi celles du mouvement national en cours.
« Nous voulons être entendus », explique une étudiante en licence LASH (Lettres, arts et sciences humaines), qui déplore les récentes décisions des autorités d’interdire les manifestations, mais aussi le fonctionnement du système éducatif, notamment à travers Parcoursup. Elle critique également le déblocage de l’université lundi, dénonçant des « actes brutaux ». Elle rejette par ailleurs toute forme de violence de la part des bloqueurs, estimant que les débordements observés dans certains établissements restent marginaux.
Parmi les nombreux étudiants rencontrés sur place ou sur les réseaux sociaux, beaucoup dénoncent les fermetures répétées de l’établissement, qu’ils considèrent comme une entrave au mouvement de blocage. Ils regrettent également la fermeture de plusieurs services universitaires, comme le SUAPSE, la Maison des étudiants et la bibliothèque universitaire.
"J'ai besoin du soutien des étudiants si je devais être amené à actionner l'option d'avoir recours aux forces de l'ordre"
Devant l’IAE, plusieurs dizaines d’étudiants ont bloqué l’établissement, tandis que 400 autres, selon le président de l’université Gérard Blanchard, attendaient de pouvoir entrer en cours. Afin d’éviter « des incidents » et des « contacts physiques avec les bloqueurs », le président a annoncé la fermeture de l’ensemble de l’université devant l’établissement auprès des élèves.
« Nous faisons le constat aujourd’hui que nous sommes dans l’incapacité d’ouvrir le bâtiment. Je tiens à vous dire que l’université va être fermée. On ne peut pas la maintenir dans ces conditions. Aujourd’hui, la situation est encore plus marquée qu’hier. On ne va pas utiliser la violence », a-t-il déclaré devant les étudiants.
Il a ajouté que « personne ne peut être bloqué par quelques étudiants ». Devant un autre groupe, il a également expliqué avoir « besoin du soutien des élèves, des enseignants, pour justifier à un moment donné de l’intervention des forces de l’ordre.»
Au micro d’INF La Rochelle, le président de La Rochelle Université est revenu sur les raisons de cette décision : « On a constaté ce matin un blocage systématique de tous nos bâtiments. Contrairement à hier, où on a réussi à débloquer sans heurts, ce matin, on a bien compris que la situation pouvait dégénérer. J’ai pris la décision de ne pas forcer les blocages. »
Concernant une éventuelle intervention des forces de l’ordre pour mettre fin aux blocages, Gérard Blanchard se montre prudent : « C’est une option, on essaye de l’éviter, mais si au bout de quelques semaines on n’arrive pas à débloquer, soit on laisse filer, on ferme l’université, on bascule en enseignement à distance et puis on fera ce qu’on peut pour le diplôme des étudiants. Et donc j’ai besoin du soutien des étudiants si je devais être amené à actionner l’option d’avoir recours aux forces de l’ordre. On n’en est pas là, mais c’est une option, ce n’est pas la peine de dire que ça ne se fera pas. »
Des ajustements dans les modalités de notation, notamment pour le contrôle continu ?
Alors que l’université est fermée au moins jusqu’à jeudi, à l’exception de l’IUT, où les enseignants se sont mobilisés, Gérard Blanchard indique qu’il va adapter les modalités de contrôle continu face aux nombreuses fermetures intervenues depuis le mois d’octobre.
« Quand on dit qu’on ferme l’université, ça ne veut pas dire qu’on arrête les cours. Ça veut dire qu’on bascule dans un mode dit distanciel. Évidemment les conditions d’enseignement ne sont pas tout à fait les mêmes, la majorité considère que c’est dégradé à juste titre Donc aujourd’hui on va poursuivre dans cette modalité là. Ensuite la question qui se pose c’est comment on adapte nos modalités de contrôle des connaissances, les examens, les notations, par rapport à ce mode distanciel. Et notamment tout ce qu’on appelle le contrôle continu, qui impose un minimum de 3 notes » explique le président de l’université.
Il ajoute : « Il n’est pas sûr dans les conditions actuelles et surtout si les blocages perdurent, donc on va adapter les choses dans l’intérêt des étudiants. Mais les difficultés qu’on a aujourd’hui dans les universités françaises, c’est qu’on doit modifier ces modalités de contrôle des connaissances dans un cadre légal qui est très fragile. Il faut qu’on s’assure qu’on n’a pas des recours« .
Alors que ce blocage se distingue par sa durée et son ampleur, puisqu’il concerne l’ensemble des sites universitaires, Gérard Blanchard s’interroge sur ce mouvement inédit. « Qu’est que ça dénote ? Je pense une forme de radicalisation, c’est clair, parce que c’est très difficile de discuter avec les étudiants bloqueurs. Je ne suis pas convaincu qu’il n’y ait que des étudiants d’ailleurs, mais majoritairement c’est des étudiants. Ils sont dans une forme de radicalisation, c’est une remise en cause de la société, du modèle de société, et c’est très difficile de venir parler à un dirigeant d’un établissement public qui fonctionne selon des règles institutionnelles. On essaie de discuter, mais les demandes sont hors de portée d’un président de l’université ».
Alors qu’il a signé, avec près de 80 présidents d’université, une tribune de France Université transmise au ministère de l’Enseignement supérieur pour que « la jeunesse soit une priorité des politiques publiques nationales », Gérard Blanchard indique avoir obtenu quelques réponses du ministère, mais pas nécessairement au document. Il affirme également avoir fait remonter près de 10 millions d’euros de projets de travaux, dans le cadre d’une enveloppe de près de 200 millions d’euros débloqués sous forme d’autorisations d’engagement, notamment pour des projets immobiliers. « On ne les aura pas, puisque 200 millions d’euros pour toutes les universités, dans un premier temps, on est une petite université, donc si on récupère 1 ou 2 millions d’euros, ça sera déjà bien » indique-t-il.
Le président pointe également les difficultés liées aux nouvelles places promises dans certaines formations par le ministère. Il redoute que l’université ne dispose ni des capacités d’accueil ni des financements nécessaires pour augmenter ses effectifs.






