Arrivé dans la région en 1996, Charles Kloboukoff, fondateur du groupe Léa Nature, revient sur son attachement au territoire rochelais ainsi que sur son rôle de président du Stade Rochelais Basket, qu’il occupe depuis quatre ans, dans ce quatrième épisode de notre série « Les portraits de l’été ».
Vous êtes originaire de Toulouse, vous avez étudié à Paris. Qu’est-ce qui vous a amené vers La Rochelle et Périgny notamment ?
Déjà, La Rochelle est une ville où il fait bon vivre, dotée d’infrastructures très agréable qui permettent de vivre toute l’année, que ce soit avec le sport ou la culture, ce qui offre beaucoup de possibilités pour sortir.
Au fil des années, quels liens avez-vous construits avec la région ?
Avec le temps, on tisse des liens agréables et profonds. C’est assez agréable parce que c’est une ville à échelle humaine où l’on peut croiser régulièrement des gens qu’on a fréquentés sur les terrains de sport, dans des salles de réunion, dans des associations, dans des festivals ou à d’autres occasions. Ça donne un côté familial, assez agréable, à la ville de La Rochelle et à ses environs.
Comment percevez-vous l’évolution de La Rochelle et de son agglomération depuis que vous êtes présent sur ce territoire ?
C’est vrai que la ville s’est un peu étendue avec une communauté d’agglomération où il y a un certain nombre de communes en croissance. L’activité économique, qui était un peu à la peine quand nous sommes arrivés (en 1996, NDLR), a été largement relancée. Il y a un dynamisme qui s’est installé au niveau de la périphérie de La Rochelle. Il y a également eu l’avènement des pistes cyclables, qui a changé la manière de circuler, ce qui est très agréable. Le Vieux-Port est aussi devenu en partie piéton, ça donne un poumon vert ou bleu au cœur de ville, avec évidemment des impacts un peu plus négatifs sur le commerce de proximité, qui s’est déplacé vers la périphérie. Les commerces de proximité sont à la peine du fait de la suppression de nombreux parkings, mais de nouvelles mesures sont prises par la nouvelle municipalité, justement, pour rendre les parkings gratuits au moins pour un certain temps, afin de favoriser à nouveau un peu la fréquentation du cœur de ville. À mon goût, il y a un peu trop de minéralisation de la ville. Des arbres sont coupés, il n’y a pas assez d’arbres replantés, on le ressent particulièrement en période de canicule. C’est dommage et j’espère que ça va évoluer, car nous avons besoin des arbres.
Vous avez été conseiller municipal à la mairie de La Rochelle entre 2008 et 2014. Pourquoi aviez-vous fait le choix de vous tourner vers la politique ?
Ce n’était pas de la politique, mais plutôt un devoir civique. J’ai considéré qu’en tant qu’acteur local ayant pu être exempté de mon service militaire, qui était obligatoire à l’époque, je devais effectuer un service public. C’est à ce titre-là qu’il m’a semblé pertinent de répondre favorablement à la demande de Maxime (Bono, ancien maire de La Rochelle entre 1999 et 2014) pour prendre une délégation qui était celle de la RTCR à l’époque, qui est l’opérateur du transport multimodal rochelais. Cela a été une expérience assez riche, de participer à la vie et à l’évolution des infrastructures de la CDA.
Pourriez-vous retenter l’expérience un jour ?
J’ai pris d’autres engagements. J’ai été pendant sept ans président du « 1 % for the Planet », je suis président du club de basket depuis quatre ans. J’ai une vie qui est globalement assez bien remplie. L’activité économique du groupe s’étend aussi sur d’autres territoires. Ce n’est pas totalement exclu mais ce n’est pour le moment pas en première ligne.
Pouvez-vous nous rappeler comment vous est venue l’idée de fonder Léa Nature ?
J’ai eu la chance de grandir dans une famille qui était assez tournée vers la médecine douce. Toutes ces démarches autour de la naturopathie m’ont beaucoup intéressé. Je me suis donc tourné naturellement vers la fabrication et l’innovation dans le domaine des compléments alimentaires et des aliments santé, puis des cosmétiques naturels. C’est un peu un héritage culturel familial.
Plus jeune, quel rapport entreteniez-vous avec l’écologie ?
J’avais un oncle russe qui faisait pousser des légumes biscornus à la campagne avec de la bouse de vache et sans engrais. C’était assez amusant parce que quand j’allais au marché boulevard de Strasbourg, à Toulouse, près de la place Wilson, on tendait à l’époque vers une agriculture plutôt standardisée où l’on trouvait surtout de la Golden ou éventuellement de la Gala quand on parlait de pommes. Aujourd’hui, quand vous allez au marché, vous trouvez sept ou huit variétés de pommes. C’était un peu ça dans tous les domaines. Du coup, quand je me retrouvais dans ce jardin un petit peu sauvage de mon oncle, je voyais des légumes avec des formats parfois un peu bizarres, parfois un peu gros, un peu tordus, boursouflés, mais c’était simplement le produit de la nature. C’est vrai que cette notion-là m’a beaucoup inspiré. (..) Sans être contre la mondialisation, je suis quand même pour la souveraineté alimentaire locale et la préservation des savoirs et des écosystèmes. Il faut garder cette biodiversité, qui est quand même une richesse précieuse et qui est celle qui nous protège aussi en termes d’immunité. Si on se nourrit de choses qui sont adaptées à notre milieu, on s’adapte nous-mêmes plus facilement au milieu.
Avec votre entreprise, avez-vous conscience que vous représentez un poumon important pour la région au niveau économique ?
On sait qu’on est dans les entreprises qui comptent localement puisque nous avons entre 800 et 850 salariés sur le bassin rochelais. Tant mieux. On espère surtout que ça va durer, car la bio a subi une crise pendant trois ou quatre ans, qui a été un peu difficile à gérer. C’est en train de repartir. Il faut la « repopulariser » pour expliquer en quoi elle a des impacts positifs sur la santé planétaire, sur la vie des sols et sur notre santé à nous. On est contents de voir d’autres entreprises émerger et de faire partie de ce qui « hisse » le pavillon rochelais et local au niveau national.
En 2021, vous êtes devenu président du Stade Rochelais Basket. A l’origine, vous n’étiez pas un grand amateur de basket. Qu’est-ce qui vous a mené vers cette mission ?
J’ai toujours été un fan de sport en général depuis ma pré-adolescence. J’ai pratiqué tous les sports. Quand j’étais en école de commerce, j’étais le président de l’association sportive, ce qui pouvait parfois créer des contraintes par rapport à ma présence en cours parce que le milieu associatif était très prenant (rire). J’allais dépanner quand il manquait des joueurs dans l’une des disciplines en question. Donc je suis avant tout un fan de sport en général et des sports collectifs en particulier, même si j’ai pratiqué quelques disciplines individuelles. C’est vrai que j’ai beaucoup pratiqué le foot et les sports de raquette, puis suivi les aventures du Stade Rochelais. Puis, un jour, je me suis dit que c’était quand même bête, nous qui sponsorisons et accompagnons les filles d’Aunis Handball, Rupella au basket et d’autres, que ces clubs ne soient pas fédérés sous un pavillon commun afin de bénéficier d’infrastructures, d’un marketing, du digital pour communiquer ou de services commerciaux mutualisés. Finalement, avec le Stade Rochelais, on a pu concevoir l’idée, avec quelques réticences internes historiques, de faire basculer Rupella vers le Stade Rochelais Basket et de créer une filiale qui puisse s’appuyer sur les infrastructures du Stade Rochelais tout en ayant sa propre économie de fonctionnement. On espère continuer à construire la place du Stade Rochelais Basket sur l’échiquier national des grands clubs comme Paris, Monaco, Limoges ou Pau et pouvoir disposer un jour d’une salle qui permettra au basket de se pérenniser au plus haut niveau, puisque nous avons la plus petite salle des 40 ou 50 plus grands clubs en France et que ça ne permet pas de dégager les ressources nécessaires pour stabiliser le club au plus haut niveau, à moins de faire quelques miracles chaque année, mais ça ne peut pas durer. De ce fait, on discute avec la nouvelle équipe municipale et avec l’agglomération, qui semble assez favorable à ce projet, qui pourrait avoir une dimension culturelle complémentaire.
Cinq ans après, quels sont désormais vos liens avec le basket et qu’est-ce qui vous plaît dans cette fonction ?
Avant tout, le travail collectif. Ça me permet de me sortir de mon quotidien d’entrepreneur. Dans les activités économiques, tout ce qui arrive est finalement assez logique. Dans le sport, et au basket, il y a quand même ce ballon qui peut rebondir d’un côté ou de l’autre, rentrer ou sortir du panier. Il y a cette incertitude, ce suspense, ces vibrations et la joie d’être dans une salle où le public communie avec son équipe, avec des rebondissements. Aimant naturellement le milieu du sport, se retrouver au contact de sportifs de haut niveau, avec des gens qui travaillent pour faire de l’addition de potentiels individuels une performance collective, apporter ma petite touche, c’est quelque chose pour lequel je prends beaucoup de plaisir, même si je n’ai qu’une contribution assez modeste. J’essaie plutôt de faire évoluer le modèle économique qui accompagne la performance supplémentaire.
Vous avez été réélu à la tête du club pour au moins quatre années supplémentaires. Quels sont vos objectifs désormais ?
Nous avons goûté à la Betclic Élite (la première division lors de la saison 2024-2025, NDLR), forcément, on voudrait y retourner d’ici quatre ans. On aura besoin d’une salle parce que, même si par miracle on y retourne, avec une salle de 1 500 places, avec le budget que l’on avait réussi à faire passer d’un million à 3,7 millions en l’espace de quatre ou cinq ans, ces 3,7 millions, c’est notre plafond de verre. On est tout en bas de l’échelle des budgets. On est plutôt sur des budgets qui vont de 7 à 20-25 millions d’euros. On va surtout essayer de garder cette dynamique de club pour construire, faire venir des jeunes qui sont dans les équipes de France U18, U20, pour qui La Rochelle peut être un tremplin afin d’être visibles et d’aller ensuite dans des grands clubs. Puis, on veut essayer de programmer l’équipe pour pouvoir la stabiliser dans un premier temps vers les 6e, 7e ou 8e premières places, puis peut-être de grignoter quelques places d’ici trois ou quatre ans pour être en mesure de remonter et de s’installer un peu plus durablement à l’échelle supérieure. On sait par où le Stade Rochelais rugby est passé avant de se stabiliser. Il faut être prêt à faire l’ascenseur et à se structurer. On a de bonnes références devant nous sur lesquelles on peut piocher quelques recettes.
Cela fait désormais 30 ans que vous vivez dans la région. Vous voyez-vous partir de La Rochelle ?
Je n’en ai pas envie. J’ai aussi un petit pied à Sainte-Marie-de-Ré désormais, près de la plage des surfeurs des Grenettes, avec un endroit sauvage que j’affectionne particulièrement. Je me sens bien ici, ma fille aînée est en train de s’installer à La Rochelle, les autres enfants reviendront peut-être. On a été adoptés et on se sent bien parmi les Rochelais et les Rochelaises. Je pense qu’il y a une sensibilité au milieu marin qui naît, une accoutumance à la clarté des lumières. C’est comme les gens qui aiment la montagne : à un moment donné, ils ont du mal à la quitter parce qu’il y a un air et une lumière particuliers. Je pense qu’il y a aussi une autre dimension. Étant né à Toulouse, ayant étudié à Paris, quand je retourne à Paris ou à Toulouse, j’ai beaucoup de plaisir pendant deux ou trois jours, mais je ne m’y retrouve pas dans la durée. Je n’ai pas envie de passer mon temps dans les transports, de vivre dans un endroit où on sent des pollutions urbaines de partout, où on ne respire pas de la même façon, où on est un autre parmi des milliers de personnes qui se croisent de manière anonyme. Ici, on ne baisse pas la tête quand on se croise. Je pense qu’il y a une tolérance et un plaisir de vivre ensemble qui sont liés aussi à la taille de la communauté. Et puis il y a l’amour des vieilles pierres, ces grands parcs, ce port, ces plages. La ville a énormément de charme.





