Né à La Rochelle, le windsurfer Antoine Albeau (54 ans) possède un palmarès impressionnant qui l’a vu devenir 27 fois champion du monde. Il revient pour INF La Rochelle sur ses souvenirs de jeunesse sur l’île de Ré et sa découverte de la voile pour le troisième épisode de notre série « Les Portraits de l’été ».
Quels sont vos premiers souvenirs avec la région et avec l’île de Ré ?
Les premiers souvenirs, ce sont les meilleurs. Je dirais qu’ils sont liés à la plage. J’ai passé tous mes étés à la plage ainsi qu’une partie de mes vacances. J’ai aussi énormément de souvenirs de l’école de voile, de tous les copains ou des familles des grandes villes qui venaient en vacances pendant un mois et qui faisaient des stages de planche à voile avec moi.
Vos parents, originaires de la région, ont ouvert leur école de voile dans les années 70. Quel rôle ont-ils joué dans le développement de cette activité dans la région ?
Ils ont contribué à faire découvrir la voile, notamment sur l’île de Ré. Quand ils ont ouvert l’école de voile (en 1972, NDLR), la planche à voile n’existait pas encore. Elle est arrivée quelques années plus tard. Au début, il y avait de petits dériveurs, qu’on appelait des Vaurien. Ensuite, la planche à voile est arrivée. Mon père a commencé à faire des compétitions avec des copains, notamment le premier championnat de France à l’île de Groix. Puis sont venus les catamarans, les planches à voile, les Optimist… L’école de voile s’est alors bien développée.
Vous avez commencé la planche à voile à l’âge de 5 ans. Comment êtes-vous arrivé si tôt vers cette discipline ?
Effectivement, j’ai commencé la planche à voile à 5 ans, même si c’est un grand mot parce qu’il n’y avait pas le matériel que l’on a aujourd’hui, notamment pour les jeunes. Désormais, les enfants ont des voiles d’1 m². Tout cela n’existait pas avant. J’ai des photos où j’essaie de lever la voile sur de grandes planches parce qu’il n’y en avait pas de petites. À mon époque, c’était un peu l’euphorie de la planche à voile, tout le monde en faisait. Je ne me rappelle pas vraiment de cette période où j’avais 5 ans, mais davantage de celle où j’en avais 8 ou 9, quand j’ai commencé les compétitions locales sur l’île de Ré.
Vous avez parcouru le monde entier depuis plus de 30 ans à travers les compétitions de planche à voile. Qu’est-ce qui rend les territoires rochelais et rétais si spéciaux ?
C’est vrai que j’ai beaucoup parcouru le monde à travers toutes mes compétitions et mes entraînements. L’île de Ré est vraiment spéciale parce que c’est une petite île, où l’on a presque le sentiment d’être indépendant. La vie ici est complètement différente de celle de La Rochelle. J’aurais pu partir ailleurs, mais mes attaches sont ici, ma famille est ici. Aujourd’hui, mon travail est ici également avec l’école de voile. J’ai essayé de porter haut les couleurs de l’île de Ré, de la Charente-Maritime et du département. Je pense que nous sommes un territoire très tourné vers la voile.
Au fil des années, qu’est-ce qui, selon vous, a évolué sur l’île de Ré et, à l’inverse, qu’est-ce qui est resté intact ?
Il n’y a pas énormément de choses qui ont changé parce que l’île de Ré est très bien protégée, notamment en ce qui concerne les permis de construire. Les villages se sont un peu agrandis, bien sûr, parce qu’il y a davantage de monde, mais l’urbanisation s’est faite de manière étalée, sans construire en hauteur. Je trouve que c’est une bonne chose. Ce qui a évolué, je dirais que c’est l’érosion. On a beaucoup de sable qui se déplace avec les vents dominants. Il faut essayer de s’en occuper au plus vite, je vois qu’on recule de plus en plus et que la dune se fait manger.
Y a-t-il des endroits en particulier où vous appréciez vous ressourcer sur l’île de Ré ?
Je me repose rarement. Je suis quand même pas mal occupé avec Paola (sa femme, Ndlr). On a beaucoup de choses à faire. Mais l’hiver, j’aime bien parcourir les spots, surtout sur la côte ouest. C’est là qu’on prend toutes les vagues, toutes les dépressions. J’aime beaucoup cette côte, que ce soit du Bois-Plage jusqu’à La Couarde.
Vous avez quitté le circuit mondial en 2022. Cela a-t-il été facile à digérer ?
Ça n’a pas été difficile parce que j’y étais déjà préparé mentalement. Je naviguais encore très bien, j’avais de très bons résultats, donc on se dit : « Pourquoi arrêter ? » Mais j’avais d’autres projets qui arrivaient. Avec Paola, nous avons repris l’école de voile et cela me demande énormément de temps. Je pouvais donc moins naviguer.
Depuis vos débuts, le windsurf a connu beaucoup d’évolutions avec l’arrivée du foil notamment, mais aussi grâce aux nombreuses avancées technologiques. Comment voyez-vous cette transformation ?
C’est vrai que ces dernières années, nous avons connu une énorme évolution avec l’arrivée de l’hydrofoil. Tout le monde a voulu mettre un foil sur son bateau ou sur sa planche. Dès les années 2000, un hydrofoil d’Air Chair avait été adapté à Hawaii sur des planches de surf pour aller surfer la houle. L’année suivante, ils ont monté ça sur une planche de windsurf et j’ai essayé. C’était même avant 2000, peut-être en 1999. J’ai ramené ça en France, je crois, en 2001. Tout le monde me regardait naviguer, mais c’était arrivé trop tôt. Le foil a vraiment décollé après la Coupe de l’America à San Francisco, où les bateaux ont atteint des vitesses folles. Cela a amené les marques à travailler ces appendices, qui étaient auparavant en aluminium, donc très lourds, avant d’être fabriqués en carbone.
Sportivement, vous avez encore des objectifs en tête ?
J’ai fait le premier record du monde de vitesse en 2008 à la voile. Depuis 2008, aucun Windsurfer ne l’a battu, beaucoup ont essayé mais n’ont pas vraiment réussi à se approcher. On aimerait maintenant atteindre les 100 km/h sur 500 mètres avec le projet Zéphir, qui est une barre mythique pour moi. On aura également une tentative pour battre le record du Mile Nautique dans le sud de la France prochainement. On va également essayer de développer le matériel de manière propre. On vient de construire une planche avec des partenaires, composée à 100 % de matériaux recyclés, ce qui est une première.
Vous vivez sur l’île de Ré avec votre femme et vos enfants. Est-il important de leur transmettre votre passion pour la voile ainsi que votre attachement à la région ?
J’adore faire découvrir la planche aux jeunes, c’est pour ça qu’on a l’école de voile pour faire partager ça. Concernant mes enfants, ils sont nés ici. Notre aîné (Alani, 10 ans) est arrivé alors que j’étais encore sur le circuit de la Coupe du monde. Il a beaucoup voyagé et a toujours vu des planches à voile autour de lui. Pour lui, c’était quelque chose de normal. Je ne l’ai jamais poussé, mais aujourd’hui il fait de la planche. L’été, il va naviguer une demi-heure ou une heure. Il va aussi surfer avec ses copains. Tout se fait naturellement, je ne les pousse pas du tout.






