Huit personnes, dont sept mineurs, sont actuellement en garde à vue après cette première journée de blocage à La Rochelle. Alors que les rassemblements ont été interdits aux abords de deux lycées, de nombreux appels circulent pour bloquer des établissements ce vendredi. L’université de La Rochelle sera également fermée, tandis que le préfet lance un appel au calme et demande d’éviter les abords des établissements scolaires, dénonçant des « violences urbaines ».
C’est une journée mouvementée qu’ont vécue les lycéens rochelais. Elle commence à proximité du lycée Dautet, aux alentours de 4 heures du matin, où sept individus sont interpellés, porteurs de gants et de cagoules et équipés de pétards, avant l’interpellation d’un autre individu majeur, porteur d’un mortier d’artifice, selon la préfecture de la Charente-Maritime.
Alors que près de cinq lycées sont bloqués à 8 heures, c’est devant Rompsay que les tensions vont éclater en premier avec un bus qui va être attaqué, faisant deux blessés légers et entraînant une dizaine de prises en charge par les pompiers, dont la conductrice, en état de choc.
Alors qu’un incendie est allumé devant les grilles du lycée Saint-Exupéry, c’est devant le lycée Dautet que les tensions vont être les plus fortes dans la matinée, avec plusieurs centaines de personnes et des affrontements qui vont durer plus de cinq heures, marqués par des échanges de projectiles, des tirs de gaz lacrymogène ainsi que des tirs de LBD.
Dans l’après-midi, le procureur de la République, Arnaud Laraize, indiquait que huit personnes étaient actuellement en garde à vue, dont sept mineurs, pour violences, dégradations, participation à un groupement en vue.
Une vidéo est également devenue virale sur les réseaux sociaux, montrant une violente altercation en marge du blocus. Selon plusieurs témoignages recueillis ce jeudi soir, cet homme aurait tenu des propos et effectué des signes qualifiés de « néonazis » auprès des jeunes présents, avant de prendre la fuite. Il aurait auparavant provoqué plusieurs jeunes et frappé violemment l’un d’eux, avant l’intervention de plusieurs lycéens.
Rassemblements interdits autour de deux lycées, l'université fermée
De nombreux abribus ont été dégradés, tandis que l’ensemble du vitrage du bus attaqué doit être refait, précise le réseau de transport en commun Yélo. La circulation des bus a été arrêté dans la matinée et jusqu’en milieu d’après-midi en raison des troubles survenues sur la place de Verdun et devant les différents lycées. Une situation qui pourrait d’ailleurs se répéter ce vendredi si des tensions devaient de nouveaux éclatés.
De son côté, la Région Nouvelle-Aquitaine indique qu’au niveau du lycée Dautet, une porte « monumentale » neuve a été cassée, tandis que des portails et des clôtures ont été dégradés. À Saint-Exupéry, une clôture neuve a été endommagée ainsi que le système d’accès, ne permettant pas la réouverture de l’établissement.
Le préfet de la Charente-Maritime a par ailleurs interdit, dans un arrêté, les rassemblements ce vendredi autour de ces deux établissements, en raison des appels lancés sur les réseaux sociaux. L’interdiction concerne un vaste périmètre autour des deux lycées. Pour Dautet, celui-ci s’étend notamment jusqu’à la place de Verdun. Pour rappel, ces deux lycées sont fermés ce vendredi, comme nous l’écrivions cette après-midi, alors que les appels au rassemblement se multiplient pour la journée de vendredi à La Rochelle.
Les engins pyrotechniques ainsi que le port d’équipements de protection individuelle sont également interdits par le préfet ce vendredi, dans un arrêté pris en raison des troubles à l’ordre public recensés.
L’Université de La Rochelle a également annoncé dans un mail adressé aux étudiants ce jeudi, peu avant 20 heures, sa fermeture en raison « d’informations faisant état de graves risques de violence sur les sites de l’Université ». « Pour assurer la sécurité de tous, le président de l’Université a décidé de suspendre l’ensemble des cours », précise l’établissement.
La CGT dénonce la blessure par un LBD d'un ses membres
De leur côté, de nombreuses blessures sont dénoncées par les manifestants, qui seraient notamment liées à des tirs de LBD. Dans un communiqué, la CGT de Charente-Maritime apporte son soutien aux mobilisations lycéennes et dénonce « un tir de LBD qui a touché gravement un militant de notre organisation qui a protégé un lycéen qui aurait pu le recevoir en pleine tête ».
L’usage de gaz lacrymogènes a également été dénoncé par des militants provenant de syndicats, qui évoquent des tirs tendus ainsi que des grenades mal tirées qui auraient terminé dans des habitations et dans l’école Réaumur située à proximité du lycée Daudet.
En début d’après-midi, alors que le gros des manifestants était parti, les quelques lycéens rencontrés étaient partagés entre la volonté de poursuivre la mobilisation et l’indignation face aux nombreuses violences commises, pour la plupart selon eux « par des individus extérieurs aux établissements scolaires » comme nous l’ont expliqué plusieurs sur la place de Verdun.
"Un appel au calme" lancé par le préfet
La préfecture dénonce dans un communiqué ce jeudi soir une « une aggravation de la situation qui n’a plus rien de l’expression légitime de revendications lycéennes mais présente désormais toutes les caractéristiques de violences urbaines » et « des manifestants qui ont fait preuve d’une extrême violence », évoquant également des jets de projectiles sur deux véhicules de pompiers.
Le préfet Michel Prosic lance « un appel au calme » et demande « d’éviter dans la mesure du possible les abords des établissements scolaires », ajoutant que « tout nouvel acte de violence entraînera une réponse ferme des forces de l’ordre et pourra donner lieu à de nouvelles interpellations ».
Le syndicat Alliance Police Charente-Maritime a indiqué que 5 policiers et policières ont été blessés ce jeudi par la voix de son représentant département Vivien Renard : « La violence explose et nos collègues encaissent une fois de plus ! Mais jusqu’à quand ? Pour nous il ne doit y avoir aucune indulgence et aucune impunité concernant de tels faits. Je pense que demain sera encore une journée terrible, à voir pour les jours à suivre. Mais les collègues répondront présent encore et encore ».






