Jules Lefebvre & Timothé Lefort
Natif de La Rochelle, l’ancien rugbyman Jean-Baptiste Elissalde (48 ans) a grandi entre les rues de la cité maritime et le Stade Rochelais avant de s’envoler vers Toulouse puis Montpellier pour poursuivre sa carrière de joueur et d’entraîneur. Revenu vivre à La Rochelle, il évoque avec émotion ses souvenirs et son profond attachement à sa ville de cœur pour le deuxième épisode de notre série « Les portraits de l’été ».
Jean-Baptiste, vous êtes né à La Rochelle à la fin des années 70. Quels sont vos premiers souvenirs avec cette ville ?
Je dirais que mes premiers souvenirs remontent à mes années collège, à mes amis d’enfance qui sont toujours mes potes d’ailleurs. C’était au collège Jean-Guiton. Je repense aux premières sorties le mercredi après-midi pour aller boire un café dans le centre-ville. Je suis né à La Rochelle, à 100 mètres des Vieux-Crampons, dans la clinique de l’Aurore. La maison familiale est à trois maisons de là où nous sommes. Dans mes premiers souvenirs, il y a aussi les balades en mobylette ou à vélo pour faire le trajet du collège vers le centre-ville, parce que c’était la classe d’aller prendre un café en centre-ville.
Votre père, Jean-Pierre, est également né à La Rochelle. Est-ce le cas de votre mère également ?
Oui. Mon père est né dans la maison familiale. Ma mère aussi est née à La Rochelle. Mes grands-parents, eux, sont basques, sauf ma grand-mère paternelle qui est bretonne.
À quel point votre père a-t-il été important dans cet attachement que vous pouvez avoir à La Rochelle ?
Le plus simple, c’est de parler de « Nono » (Arnaud Elissalde, son grand-père paternel, NDLR), qui était attaché à la ville mais aussi au Stade Rochelais et au quartier de Port-Neuf. Puis mon père a vécu ici, s’est fait des amis ici, a joué ici puis a entraîné. Quand mon père est passé entraîneur, quelques années après, j’ai commencé à jouer. Au-delà de notre ville, on a un attachement au club qui est très fort. C’est ce qui m’a toujours donné la fierté d’être Rochelais.
Au fil des années passées à La Rochelle, quels changements avez-vous perçus et, à l’inverse, qu’est-ce qui est resté inchangé selon vous ?
Les changements, il n’y en a pas tant que ça. C’est toujours une ville très agréable à vivre, c’est une ville qui est propre. Il y fait bon vivre. Même quand il y a cinq minutes de bouchons, ce n’est pas très grave (sourire). Ce qui n’a pas changé, ce sont les rues de la soif (sourire), c’est-à-dire le quartier Saint-Nicolas ou le Gabut. C’est là où on était déjà et c’est là où les jeunes vont aujourd’hui. Ça reste intact.
Peut-on dire que l’âme de la ville est elle aussi restée intacte ?
Oui, même si la ville s’est modernisée. Il y a un peu moins de voitures. C’est un mal pour certains et un bien pour d’autres, je n’irai pas dans le débat (sourire). Il y a beaucoup plus de vélos effectivement mais quand tu habites en centre-ville comme c’est mon cas, c’est du bonheur au quotidien.
Quels sont vos endroits préférés à La Rochelle ?
Contrairement à ce qu’on pourrait penser, ce n’est pas le port. Le port, ça fait plus touristique. Moi, c’est le marché. Quand on était plus jeunes, le quartier Saint-Nicolas et le Gabut. Aujourd’hui, c’est la route que je prends tous les matins pour traverser la ville qui part du quartier de la Porte Royale pour arriver ici à Port-Neuf en passant par le Mail, la Corniche. Même quand il ne fait pas beau et que je me mouille un peu, je suis quand même content d’être là.
En dehors de l’aspect sportif, comment aviez-vous vécu votre départ de La Rochelle vers Toulouse en 2002 ?
Si on ne parle pas de sport, ça avait été assez compliqué. Je me souviens que mes copains avaient organisé une fête chez « Nico » Merling, sur l’île de Ré. On s’est tous retrouvés là-bas. Je me souviens, avec ma femme, prendre la voiture, passer le pont et ne pas avoir du tout envie d’y aller (à Toulouse, Ndlr). Il fallait se déraciner, c’est vrai que je ne savais pas où j’allais. Même si Toulouse est une belle ville, La Rochelle n’a pas d’égal pour moi.
En mai dernier, la place Arnaud-Elissalde a été inaugurée à La Rochelle. Est-ce un symbole supplémentaire de l’attachement qui vous lie à la ville ?
C’est un joli clin d’œil que la ville a fait à « Nono », qui a beaucoup œuvré ici. On parle souvent de rugby mais il n’y avait pas que ça. Il avait sa poissonnerie, il était très humain avec les gens et beaucoup de mes clients qui ont aujourd’hui la soixantaine et qui l’ont connu le vénéraient en tant qu’homme. Pas en tant qu’entraîneur ou joueur de rugby, mais en tant qu’homme parce qu’il était très avenant. La poissonnerie était d’abord dans la maison familiale, au rez-de-chaussée, puis elle s’est déplacée tout en restant à Port-Neuf. Logiquement ou intuitivement, la ville a décidé de renommer une place en son nom, c’était vraiment sympa de sa part. Puis Vincent Merling en a aussi rajouté un petit peu en nous promettant qu’il y aurait un stade à son nom au nouveau centre d’entraînement qui verra le jour à la Plaine des Jeux. Ce sont deux endroits qui correspondent à « Nono » puisqu’il était là, à Port-Neuf, dès 1947. Il n’y avait qu’une ou deux maisons, pas de bâtiments, il y avait des terrains vagues et un terrain de rugby (sourire). Il y est resté jusqu’à la fin, c’est notre quartier.
On parlait de votre grand-père « Nono ». Aujourd’hui, c’est votre fils Sacha (18 ans) qui perpétue l’histoire des Elissalde avec le Stade Rochelais.
Ça, c’est un truc de fou. Sacha est né à Toulouse, il a joué à Toulouse, à Montpellier (où Jean-Baptiste Elissalde a entraîné entre 2020 et 2023, Ndlr). Si j’avais continué dans le rugby, il aurait pu partir à Biarritz, Oyonnax ou que sais-je. En fait, on s’est retrouvés ici et il a fait ses débuts avec le maillot rochelais. C’est quand même assez incroyable. Ça fait quatre générations. J’espère pour lui que son chemin sera brillant. En tout cas, aujourd’hui, il nous remplit de joie. Il est sérieux, il a envie d’y arriver, j’espère que ça marchera. En tout cas, il fait tout pour. Pour la famille, c’est quelque chose d’incroyable. Et je crois même que ça ne s’est jamais vu. L’histoire continue. À lui d’écrire la sienne. Nous, on a écrit la nôtre et on lui a transmis le bâton. On verra bien ce qu’il se passera.
Après vos passages à Toulouse (2002-2017) et à Montpellier (2020-2023), vous aviez fait le choix de revenir à La Rochelle. Qu’est-ce qui avait dicté ce choix ?
Au départ, je suis rentré à La Rochelle pour prendre une année tranquille en famille. On pensait que c’était le meilleur endroit. Moi, je voulais retrouver mes amis, me reposer un peu, être là où je suis né. Un an s’est passé et mon père m’a dit : « Je vais vendre le bar. » Mais j’ai bien senti qu’il ne voulait pas le vendre, mais nous le transmettre. Sauf que moi, je ne suis pas issu de la restauration, je ne savais pas si j’allais retourner au rugby. J’ai demandé à mes potes et trois d’entre eux ont dit : « On fonce dans l’aventure. ». Aujourd’hui, on se retrouve ici, un peu sur courant alternatif, de manière bénévole, juste pour faire vivre un endroit inclusif où les gens du quartier se retrouvent, où les grands patrons d’entreprise se retrouvent, où les supporters se retrouvent. Ce mélange de cultures est plutôt bon. J’ai vu dans les yeux de mon père que ça lui faisait énormément plaisir. Il a eu, à l’époque, l’occasion de reprendre des affaires au marché ou sur le port mais en fait, il avait choisi cet endroit un peu atypique. Ça correspond à notre image, c’est nous. Plus je suis ici, moins j’ai envie de partir. J’ai eu pas mal de demandes pour repartir entraîner mais ma famille est tellement bien, je suis auprès de mes amis, il y a le bar maintenant… Il ne faut jamais dire jamais mais je ne suis pas sûr de pouvoir repartir un jour pour aller entraîner ailleurs, à moins de quelque chose qui soit impossible à refuser, mais ce n’est pas d’actualité. Je n’ai pas trop envie que ça arrive.
Au-delà des Vieux-Crampons, avez-vous d’autres projets en lien avec le territoire ?
J’aimerais tellement rendre au Stade ce que j’ai reçu à travers mes liens familiaux, à travers l’attachement. Je pense que pour le Stade Rochelais, je serais capable de repartir sur les terrains. Peut-être pas forcément avec les professionnels mais plutôt comme ce qu’ont toujours fait « Nono » et mon père : essayer de transmettre aux jeunes. Je pense que ce serait formidable de faire progresser des petits Rochelais. C’est d’actualité dans le monde du Top 14 avec toutes les règles que vous connaissez. Il faut avoir des jeunes, beaucoup de jeunes et de bonne qualité. Ça pourrait être un chemin à suivre. On verra par la suite.
Dans le cadre de cette série, les personnes interrogées, qu’elles soient rochelaises ou non, parlent d’une ville spéciale. Qu’est-ce qui rend La Rochelle si particulière ?
Il faut partir pour se rendre compte à quel point La Rochelle est belle et à quel point il fait bon y vivre. Ce n’est ni trop grand ni trop petit. Il y a la mer, des îles magnifiques à côté avec l’île de Ré ou l’île d’Aix à portée de bras ou de bateau, sans oublier une architecture magnifique. D’ailleurs, une fois que le Charentais, qui au départ est timide, un peu renfermé, adopte les personnes qui viennent de l’extérieur, elles entrent dans la famille. Je pense que ce sont toutes ces raisons qui font que tu n’as pas envie de partir. Moi, quand j’en suis parti, ce n’était pas de gaieté de cœur. Le fait d’être ici aujourd’hui, c’est exceptionnel.






